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Mouvement Communiste International
 

L’expérience de l’Internationale communiste et sa signification dans la lutte actuelle

Etudes marxistes numéro 71

J’ai été chargé de vous parler de l’expérience de l’Internationale communiste (Komintern) et de sa signification pour la lutte actuelle. Il m’a également été demandé de faire ressortir les différences entre cette même Internationale communiste et les Première et Deuxième Internationales. Il est malaisé, dans un bref exposé, de rendre justice à un sujet aussi vaste. Pour cette raison, je tenterai ici d’esquisser un bref profil des principales caractéristiques de ces trois organisations et de leurs réalisations. Ces trois Internationales doivent être considérées comme un tout dans le développement des principes théoriques, organisationnels et politiques du mouvement ouvrier.

En 1913, Lénine définissait trois périodes principales de l’histoire mondiale depuis la publication du Manifeste du parti communiste, en 1848 :

« Depuis, l’histoire universelle se divise nettement en trois périodes principales : 1. de la Révolution de 1848 à la Commune de Paris (1871) ; 2. de la Commune de Paris à la Révolution russe (1905) ; 3. de la Révolution russe à nos jours. » Il concluait : « Depuis l’apparition du marxisme, chacune des trois grandes époques de l’histoire universelle lui a apporté de nouvelles confirmations et de nouveaux triomphes. Mais… », ajoutait-il prophétiquement, « …l’époque historique qui vient apportera au marxisme, doctrine du prolétariat, un triomphe plus éclatant encore. »1

Cette prophétie de génie devait brillamment se vérifier quatre années plus tard, lors de la révolution d’Octobre, qui allait faire date, et la création du Komintern en 1919.

La Première Internationale

Dès l’apparition du marxisme, l’un des principes fondamentaux de l’idéologie de la classe ouvrière a été celui de l’internationalisme prolétarien – une condition indispensable pour l’association révolutionnaire et la solidarité fraternelle du prolétariat et des peuples opprimés de divers pays. Chaque fois que ce principe a été violé, notamment au cours de la première guerre entre impérialistes de 1914-18, il n’en est résulté que des déboires pour le mouvement ouvrier, de même que de cinglantes défaites. Seuls les partis demeurés fi dèles à ce principe, comme ce fut le cas pour les bolcheviks, ont été en mesure de conduire au succès la lutte prolétarienne dans leur pays.

Dans le Manifeste du parti communiste (1848), Marx et Engels, les cofondateurs du socialisme scientifique, déclaraient non sans audace : « Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. »2

L’internationalisme de la classe ouvrière défend l’unité et la coopération fraternelle de tous les exploités contre tous leurs exploiteurs ; il s’adresse à tous ceux qui sont exploités et opprimés par le capital – aux esclaves des colonies, aux masses paysannes, aux nations dépendantes et néo-coloniales, à toutes les nations opprimées et dominées par l’impérialisme.

Depuis 1917, la révolution prolétarienne mondiale a englobé l’unité et l’action commune de trois fronts apparentés. Primo, la consolidation et l’avancée des États socialistes ; secundo, la lutte du prolétariat contre le capitalisme ; et, tertio, les luttes de libération nationale des peuples opprimés contre le colonialisme et l’impérialisme.

De terribles progrès ont été réalisés durant les 160 années environ qui ont suivi la publication duManifeste du parti communiste. Le point culminant se situe à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, avec la mise en place d’un puissant camp d’États socialistes, complété de nations indépendantes nouvellement apparues. En 1948, exactement un siècle après la publication du Manifeste, la zone sur laquelle régnait la classe ouvrière représentait un tiers de la superficie de la planète et un quart de sa population. Ceci, camarades, représente un développement historique sans égal dans les annales de l’humanité. Rien, pas même les revers qui ont suivi l’effondrement de l’Union soviétique et du bloc de l’Est des pays socialistes grâce à la fourberie du révisionnisme khrouchtchévien moderne, ne pourra déprécier ces réalisations. La révolution d’Octobre, suivie par l’apparition du camp socialiste dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale, a changé le monde pour toujours en le faisant entrer dans l’ère de l’effondrement de l’impérialisme et de la victoire de la révolution prolétarienne. Aucun revers ne parviendra à faire remonter le temps ni à effacer les réalisations stupéfiantes du socialisme prolétarien.

Le mouvement communiste international tire ses racines de l’aile gauche radicale et communiste embryonnaire de la Révolution française, de l’émigration allemande militante et de l’internationalisme ouvrier et radical anglais. Pour reprendre les mots de Karl Marx : « Les jacobins de 1793 sont devenus les communistes d’aujourd’hui. »3

Les Démocrates fraternels, constitués en 1844 par des réfugiés allemands, polonais et italiens vivant à Londres, furent rejoints l’année suivante par d’éminents dirigeants chartistes tels Ernest Jones, Cooper, George Julian Harney et d’autres. Le profi l internationaliste des Démocrates fraternels s’exprimait dans sa devise : « Tous les hommes sont frères ». Sur la question de l’internationalisme, les Démocrates fraternels osaient affirmer : « Convaincue (…) que les préjugés nationaux ont été de tout temps mis à profit par les oppresseurs des humains pour les pousser à s’entr’égorger au lieu d’œuvrer de concert à leur bien commun, cette Société désavoue le terme

étranger”, quelle que soit la personne qui l’applique ou se le voit appliquer. Notre credo moral consiste à accueillir nos semblables, sans distinction de “pays”, comme les membres d’une seule famille, la race humaine, et comme les citoyens d’une seule communauté, le monde. »

Qu’il est réconfortant de lire ces lignes d’il y a 150 ans, lorsqu’on les compare au nationalisme mesquin et à l’hystérie de masse qui se sont emparés des centres de l’impérialisme moribond en fustigeant les étrangers, les migrants économiques et les demandeurs d’asile.

La première organisation vraiment internationale du mouvement communiste international fut la Ligue des communistes qui, constituée en 1847, se maintint jusqu’en 1852 et à la demande de laquelle Marx et Engels rédigèrent le Manifeste du parti communiste, dont les principes directeurs étaient l’internationalisme prolétarien et le centralisme démocratique. Toutefois, le terme « Internationale » a fini par être indissociablement lié à l’Association internationale des travailleurs (AIT) et, par conséquent, nous nous conformerons à la tradition communément acceptée de la considérer comme la première organisation du prolétariat international.

La fondation de la Première Internationale

La Première Internationale se constitua lors d’une grande manifestation populaire organisée au St Martin’s Hall de Londres, le 28 septembre 1864, afin de commémorer l’insurrection polonaise. Comme cela a été dit plus haut, elle ne naquit pas d’un coup de foudre, mais fut la résultante d’une série d’efforts consentis précédemment. La Première Internationale se maintint jusqu’en 1872. Au cours des huit années de son existence, elle réalisa beaucoup de choses.

La création de l’organisation fut suggérée lors d’un meeting du Conseil [syndical] des Métiers de Londres réunissant des représentants des travailleurs français, polonais et allemands et qui avait été mis sur pied en vue d’organiser un congrès international des travailleurs. Les Français proposèrent la création d’une association permanente.

À l’époque, la plupart des organisations qui rallièrent l’AIT n’étaient guère développées sur le plan idéologique. Les délégations britanniques étaient majoritairement réformistes – avec les syndicats anglais déjà sous l’influence des éléments de l’aristocratie ouvrière résultant de la naissance de l’impérialisme britannique. Les Français étaient pour une bonne part des proudhoniens – le proudhonisme était une idéologie petite-bourgeoise qui s’opposait à l’action politique, aux grèves et à la lutte de classe, mais qui prétendait que, grâce à la constitution de coopératives de consommateurs et de banques populaires censées développer le crédit gratuit, le socialisme allait progressivement s’installer de lui-même. Une minorité des délégués français étaient des supporters de [Louis-Auguste] Blanqui, qui prônait surtout les méthodes terroristes de lutte à l’exclusion de toutes les autres. Les Allemands étaient en majorité des disciples de Lassalle, partisans eux aussi d’une forme de socialisme utopique ignorant systématiquement les réalités de la lutte des classes. Les Espagnols, les Suisses et les Italiens étaient bien davantage influencés par l’anarchisme de Bakounine. Au milieu de ce champ de bataille, Marx et Engels se consacraient corps et âme à apporter davantage de clarté théorique au mouvement ouvrier.

L’Association internationale des travailleurs avait son siège à Londres. Chaque année, en septembre, elle devait tenir un Congrès, lequel constituait en même temps son organe suprême. Toutefois, un Conseil général, qui se tenait à Londres et auquel assistaient les représentants des sections nationales de chaque pays, prenait des décisions entre deux réunions du Congrès. L’affiliation à l’Association internationale des travailleurs revêtait un caractère individuel, mais les syndicats s’affiliaient aux sections nationales.

Marx donna son fameux discours inaugural lors du premier Congrès de Londres, en 1864. Il fut adopté par le Conseil général et confi rmé par le Congrès de 1866 qui se tint à Genève. Ce discours présentait le programme de base de l’Internationale :

1. L’émancipation de la classe ouvrière doit être réalisée par la classe ouvrière elle-même – « la grande fi nalité à laquelle devrait être subordonné tout mouvement politique ».

Dans son discours, Marx déclarait : « Conquérir le pouvoir politique (…) est devenu l’important devoir des classes ouvrières (…) un élément de succès qu’elles possèdent – le nombre ; mais le nombre ne pèse dans la balance que s’il est uni en association et dirigé par le savoir. » Cette phrase contient une grande vérité que notre mouvement est coupable d’avoir ignorée durant les trois dernières décennies au moins, à savoir, le rôle joué par le savoir, une théorie révolutionnaire scientifiquement élaborée et une organisation militante de la classe ouvrière, autrement dit, un parti communiste.

2. La propriété collective de l’industrie et de la terre (Proudhon s’opposait à ce dernier point).

3. Le soutien aux syndicats et aux grèves. Il a d’ailleurs été dit clairement que les syndicats ne devaient pas se limiter à défendre les salaires et les conditions de travail, mais qu’ils devaient également se muer en centres organisateurs de la classe ouvrière dans ses luttes politiques. Marx avait dit : « Alors que (…) les syndicats sont absolument indispensables dans la lutte quotidienne entre le travail et le capital, plus important encore est leur autre aspect en tant qu’instruments de transformation du système du travail salarié et de renversement de la dictature du capital. » Naturellement, l’AIT était aussi en mesure de coordonner des actions défensives des travailleurs sur une base internationale. Par exemple : « Quand des employeurs en GrandeBretagne importaient des travailleurs de Belgique, de Hollande et de France pour briser des grèves de travailleurs britanniques, le Conseil général intervenait pour les pousser à retourner chez eux et les syndicats britanniques remboursaient les gens importés pour leur perte de temps après qu’ils aient refusé d’agir en jaunes. De même, quand les travailleurs parisiens du bronze se mirent en grève en 1867, le Conseil général invita les syndicats britanniques à les soutenir et plus d’un millier de livres sterling furent envoyées, ce qui conduisit à la victoire des ouvriers parisiens. »4

4. L’Internationale prit également position à propos des coopératives. On caressait de grandes illusions à propos du mouvement coopératif au sein des organisations ouvrières, mouvement qui était soutenu non seulement par les proudhoniens, mais également par les partisans de Lassalle en Allemagne et d’Owen en Angleterre. Marx fi t remarquer dans son discours : « Bien qu’excellent en principe, bien qu’utile en pratique, le travail coopératif, confiné au cercle étroit des efforts occasionnels de travailleurs privés, ne sera jamais en mesure d’arrêter la croissance en progression géométrique du monopole ni de libérer les masses, ni même d’alléger de façon perceptible le fardeau de leurs misères (…). » Voilà pourquoi le rapport adopté par le Congrès faisait remarquer : « Le mouvement coopératif est incapable, de son propre chef et sans aide extérieure, de réaliser une transformation de l’ordre capitaliste de la société (…). C’est pourquoi les travailleurs doivent s’emparer du pouvoir administratif, l’arracher des mains des capitalistes et des grands propriétaires. »

5. L’Internationale se déclara très partisane d’une lutte pour une législation protectrice du travail, malgré les hésitations de ceux qui considéraient que de telles réformes étaient dangereuses parce qu’elles ne faisaient que rendre le capitalisme plus confortable. Le discours inaugural déclara que : « Le projet de loi en faveur des dix heures fut non seulement un grand succès pratique ; ce fut la victoire d’un principe ; ce fut la première fois qu’en pleine lumière du jour, l’économie politique de la classe moyenne succomba face à l’économie politique de la classe ouvrière. »

6. Le besoin pour la classe ouvrière d’avoir son propre parti. Le Congrès de 1871, qui se tint à La Haye, résolut : « Dans son combat contre les forces collectives des classes possédantes, le prolétariat ne peut agir comme une classe qu’en organisant ses forces en un parti politique indépendant travaillant en opposition à tous les anciens partis formés par les classes possédantes. Une telle organisation du prolétariat en tant que parti politique est indispensable pour réaliser le triomphe de la révolution sociale et, par-dessus tout, pour atteindre son but ultime, l’abolition des classes. »

7. À propos de la question des nationalités, le Congrès insista sur la nécessité de soutenir la lutte des pays opprimés contre leurs oppresseurs – par exemple, la lutte de libération irlandaise.

8. À propos de la guerre et de la paix, le Congrès s’opposa à toutes les guerres de soumission menées par les classes dirigeantes et réclama la suppression des armées de métier qui devaient être remplacées par des milices populaires. Dans son discours inaugural, Marx déclara : « Si l’émancipation des classes ouvrières requiert leur concurrence  fraternelle,  comment  vont-elles  remplir  cette  importante mission avec une politique étrangère poursuivant des desseins criminels, misant sur les préjugés nationalistes et gaspillant dans des guerres de piraterie le sang et la richesse du peuple ? »

Il suffit de considérer, à la lumière de cette citation, la réponse de diverses organisations prétendument communistes à la guerre menée par l’impérialisme anglo-américain contre l’Irak.

Dans la pratique aussi, la Première Internationale lutta contre la guerre et, tout particulièrement, contre la guerre franco-allemande de 1870-71. À la suite de quoi, Bebel et Wilhelm Liebknecht, dirigeants du Parti social-démocrate d’Allemagne, qui avait été fondé à Eisenach l’année précédente, votèrent contre les crédits de guerre à la Diète de l’Allemagne du Nord et furent ensuite poursuivis pour trahison.

À cause de la guerre, le Congrès prévu à Paris en 1870 ne put avoir lieu. Le 9 septembre 1870, le Conseil général décida : « Que toutes les sections de l’AIT dans tous les pays invitent la classe ouvrière à passer à l’action. Si elles ne remplissent pas ce devoir, la guerre désastreuse actuelle sera tout simplement le prélude de conflits internationaux encore plus meurtriers. Partout, les seigneurs de la guerre, de la terre et du capital triompheront à nouveau des travailleurs. »

La guerre franco-prussienne conduisit à l’effondrement de Napoléon, encore accéléré en France par une insurrection déclenchée par la guerre, et à l’instauration d’une république. Le Conseil général considéra que les travailleurs français devaient soutenir la nouvelle république et ne pas tenter de la renverser, mais lorsque, sous Thiers, le nouveau gouvernement livra aux Allemands un Paris assiégé et qu’il chercha à désarmer la Garde nationale, Paris se souleva. Le peuple de Paris lança la fameuse Commune de Paris le 18 mars 1871 et elle détint le pouvoir durant six semaines. L’Internationale mit tout en œuvre pour la soutenir.

Après la défaite de la Commune, noyée dans le sang par la bourgeoisie, Marx tira de cette expérience une importante leçon pour la classe ouvrière : la tâche « ne consistait plus, comme auparavant, à transférer la machine bureaucratique et militaire d’une main à l’autre, mais de l’écraser »5.

Dans la même lettre, Marx poursuivait : « Grâce au combat livré par Paris, la lutte de la classe ouvrière contre la classe capitaliste et l’État capitaliste est entrée dans une nouvelle phase. Quelle qu’en soit l’issue, nous avons obtenu un nouveau point de départ d’une importance historique universelle. »6

La défaite de la Commune, toutefois, aboutit à des conditions qui rendaient impossible la continuation de la Première Internationale. Non seulement la défaite de la Commune affaiblit le mouvement ouvrier, mais les anarchistes au sein de l’Internationale intensifi èrent leurs activités fractionnistes. Les problèmes atteignirent un paroxysme lors du Congrès de l’Internationale, à La Haye, en 1872. Deux questions occupèrent le centre de la bataille, lors de ce fameux congrès. Primo, la question du centralisme démocratique ou les pouvoirs du Conseil général. Le Conseil général devait-il être l’état-major général de l’association ou, tout simplement, un bureau statistique et de correspondance ? À cette question, les anarchistes lancèrent leurs attaques contre le Conseil général, le qualifiant d’ « autoritaire » et de « dictatorial ». Dans son discours en faveur d’un rassemblement à Amsterdam, dans la foulée du Congrès de La Haye, Marx, en caractérisant le centralisme démocratique comme représentant une autorité morale, répondit donc aux anarchistes : « Qui, hormis nos ennemis, a la moindre raison d’éprouver des soupçons à l’égard des pouvoirs du Conseil général ? Possède-t-il une bureaucratie ? Commande-t-il les services d’une force de police armée grâce à laquelle il peut exiger l’obéissance ? Son autorité n’est-elle pas essentiellement morale ? Quand il se livre à des déclarations, ne les communique-t-il pas aux fédérations et n’est-ce pas les fédérations qui sont chargées de les appliquer ? Des rois placés dans une telle situation, des rois sans soldats, sans policiers ou fonctionnaires, ne seraient guère en mesure d’opposer quelque résistance au progrès de la révolution s’ils devaient uniquement s’appuyer sur une influence et une autorité morales. »

La seconde question du Congrès de La Haye concernait l’action politique et l’organisation de la classe ouvrière. À propos de cette question, le Congrès adopta une résolution qui insistait sur la nécessité d’un parti politique indépendant, propre à la classe ouvrière, comme condition préalable et indispensable à la victoire de la révolution prolétarienne. Au vu de la poursuite des activités fractionnistes de l’anarchiste Bakounine et de ses disciples, le Congrès désigna une commission afi n d’établir un rapport sur leur conduite. La commission considéra comme fondées les accusations contre les bakouniniens et recommanda donc leur expulsion. Ces recommandations émanant de la commission furent appliquées. En raison des perturbations persistantes causées par les anarchistes au sein ou en dehors de l’Internationale, Marx et Engels lancèrent une résolution visant à transférer le Conseil général en Amérique. Cette résolution fut adoptée, mais provoqua également le retrait des blanquistes de l’Internationale. Au fait, c’en était fi ni pour l’Internationale et elle fut officiellement dissoute en 1876, lorsqu’un Congrès fut réuni à Philadelphie, où ne se présenta qu’un seul délégué étranger.

Marx et Engels ne furent pas trop peinés de voir disparaître la Première Internationale. Marx écrivit à Sorge, le 27 septembre 1873 : « Au vu des conditions européennes, il est très utile de laisser l’organisation formelle de l’Internationale retourner à l’arrière-plan pour quelque temps (…) Les événements et l’inévitable tournure des choses veilleront d’eux-mêmes à ce que l’Internationale réapparaisse sous une forme améliorée (…) Qui plus est, cela bouleversera les calculs des gouvernements du continent de savoir que le spectre de l’Internationale ne pourra leur être d’aucune aide au cours de l’imminente croisade réactionnaire ; de plus, partout, la bourgeoisie considère que le spectre s’est couché pour de bon. »

La signification historique de la Première Internationale

La Première Internationale, guidée par les enseignements du marxisme et directement dirigée par Marx et Engels en personne, demeurera à jamais une source d’inspiration pour le mouvement ouvrier. Les faiblesses qui l’ont accompagnée étaient indissociables du stade élémentaire du mouvement organisé de la classe ouvrière. Toutefois, la valeur, le sens de l’initiative et de l’autorité dont elle fi t preuve dans chaque question de politique mondiale au cours des huit années de son existence et la brillante mise au point des principes directeurs dans une foule de questions de lutte économique et politique jusqu’alors débattues avec acharnement mais sans grande précision, les objectifs de programme de la classe ouvrière, le pouvoir politique et la propriété commune, les questions de tactique et le rôle des syndicats et des organisations de parti, ainsi que le centralisme démocratique, tout cela demeure un legs impérissable, un véritable trésor pour toutes les évolutions ultérieures. Conséquence directe de ses activités, de son organisation et de son influence, des partis de la classe ouvrière allaient apparaître dans le but de réaliser le socialisme sous la guidance du marxisme. Sans exagérer, on peut dire que le mouvement ouvrier international et le communisme moderne sont les descendants de la Première Internationale.

Pour reprendre les paroles d’Engels : « Dix années durant, l’Internationale domina un pan de l’histoire européenne – celui sur lequel s’appuie l’avenir – et elle peut considérer le travail accompli avec fi erté. Mais, dans sa forme ancienne, elle ne sert plus à rien. Je crois que la prochaine Internationale – après que les écrits de Marx auront exercé leur influence durant quelques années – sera directement communiste et qu’elle proclamera nos principes avec précision. »7

La Deuxième Internationale n’allait que partiellement accomplir la prédiction d’Engels car la théorie marxiste, tout en étant acceptée en principe dans ses parties constituantes, fut de plus en plus érodée et corrompue par le réformisme et le révisionnisme au sein des principaux partis de la classe ouvrière de l’Europe occidentale et centrale, et il en résulta pour elle un effondrement total en 1914. Toutefois, la prédiction d’Engels allait se réaliser pleinement avec la fondation, en

1919, de l’Internationale communiste. Avant d’en venir au Komintern, tournons brièvement notre attention vers la Deuxième Internationale.

La Deuxième Internationale

« La Deuxième Internationale (1889-1914) a été l’organisation internationale du mouvement prolétarien dont le progrès s’est fait en largeur, ce qui n’a pas été sans entraîner un abaissement provisoire du niveau révolutionnaire, une intensification provisoire de l’opportunisme qui devait fi nalement aboutir à la faillite honteuse de cette Internationale. »8

À travers des luttes colossales entre le marxisme, d’une part, et diverses théories rivales, comme le proudhonisme, l’anarchisme, etc., d’autre  part,  la  Première  Internationale  a  établi  la  suprématie  du marxisme. En 1869, le Parti social-démocrate d’Allemagne, fondé à Eisenach, était déjà affilié à la Première Internationale. En 1890, il recevait un demi-million de voix, soit 20 % du total des suffrages, lors des élections nationales en Allemagne. Des partis similaires de la classe ouvrière furent fondés dans nombre de pays. Par conséquent, les conditions étaient réunies pour la fondation d’une nouvelle Internationale de la classe ouvrière. Le 14 juillet 1889 (centenaire de la prise de la Bastille), les partis marxistes convoquèrent à Paris un Congrès international des travailleurs afin de fonder une organisation permanente.

467 délégués de 20 pays différents y assistèrent. C’est donc ainsi que fut créée la Deuxième Internationale. La bannière rouge derrière la plateforme portait les mots : « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous ! »

De même, dans la salle, les slogans suivants étaient particulièrement mis en évidence : « Expropriation politique et économique de la classe capitaliste ! Socialisation des moyens de production ! »

Le Congrès décida de fixer le 1er mai comme journée internationale du travail. Lors de son Troisième Congrès, à Zurich (1893), la Deuxième Internationale ajouta l’objectif de la journée de 8 heures et celui de « la révolution sociale » (corrigé en « transformation sociale » à la demande des Allemands). Ce compromis illustre bien les méthodes par trop familières de la Deuxième Internationale par la suite, dans lesquelles une rhétorique en principe révolutionnaire servait uniquement à couvrir l’opportunisme dans la pratique.

Le combat contre l’anarchisme

Durant les sept premières années de son existence, les anarchistes participèrent à la Deuxième Internationale, malgré le fait que ses congrès successifs posèrent les principes de l’action politique et de la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière – des buts auxquels les anarchistes s’opposaient. Ces derniers étaient partisans de l’abolition immédiate de l’État, étaient hostiles à la dictature du prolétariat, à la réforme électorale et aux partis politiques de la classe ouvrière.

La bataille entre le marxisme et l’anarchisme durant cette période fut décrite par Lénine dans les termes suivants : « Car, à l’époque, après la défaite de la Commune de Paris, l’histoire avait mis à l’ordre du jour le lent travail d’organisation et d’éducation. Il n’y en avait pas d’autre. Les anarchistes avaient (et ont encore) foncièrement tort, tant au point de vue théorique qu’en matière d’économie et de politique. Ils se faisaient une idée fausse de l’époque, pour n’avoir pas compris la situation internationale : l’ouvrier anglais corrompu par les profi ts impérialistes, la Commune de Paris écrasée, le mouvement national bourgeois venant juste de triompher (1871) en Allemagne, la Russie semi-féodale dormant de son sommeil séculaire.

« Marx et Engels ont donné une appréciation juste de cette époque : ils ont compris la situation internationale d’alors, compris la nécessité d’une lente préparation de la révolution sociale. »9

Lénine prit soin d’ajouter que le principe de « lenteur », bien qu’approprié à cette époque, n’était pas un principe éternel applicable à toutes les époques. D’où sa mise en garde : « N’imitons pas ces pseudo-marxistes dont Marx disait : “J’ai semé des dragons et récolté des puces.”» 10

Après le Congrès de Zurich, qui affirma la nécessité de « l’action politique » par la classe ouvrière afin de faire avancer ses intérêts et de gagner le pouvoir politique, les anarchistes quittèrent la salle en protestant. Friedrich Engels, présent au Congrès, y alla d’un discours de clôture dans lequel il insista sur la nécessité de la séparation organisationnelle d’avec les anarchistes – une séparation qui fut accomplie, en

1896, lors du Congrès de Londres qui imposa deux conditions à l’affi liation, conditions qui excluaient les anarchistes.

La lutte contre le révisionnisme

Le révisionnisme présentait l’époque (déjà proche alors) des guerres et des révolutions comme une ère d’harmonie croissante et de diminution des contradictions, rendant nécessaire la révision du marxisme, considéré comme « obsolète » à la lumière des conditions du 20e siècle. La base du réformisme et du révisionnisme se situait de toute évidence dans les conditions matérielles créées par l’impérialisme qui, par l’hyper-exploitation des peuples et des nations opprimées, était en position d’utiliser – ce qu’il faisait d’ailleurs – une part de ces profi ts pour acheter les couches supérieures de la classe ouvrière, l’aristocratie du travail, créant ainsi une alliance entre ces sections de la classe ouvrière et la bourgeoisie.

Déjà, en 1877, Marx avait fait remarquer qu’ « un esprit corrompu se fait ressentir dans notre parti en Allemagne, pas tant parmi les travailleurs que parmi les dirigeants » et il prévenait de ce que l’afflux de

« toute une bande d’étudiants à demi-matures et de docteurs diplômés et exceptionnellement savants » menaçaient de remplacer la base matérielle du socialisme, qui requiert une étude sérieuse, par « une mythologie moderne, avec ses déesses de la justice, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité».11

La Critique du programme de Gotha (1875) de Marx, dans laquelle les compromis opportunistes scellés par les eisenachiens avec les lassaliens – « pour les intérêts de l’unité », naturellement – étaient amèrement critiqués, fut écartée de la publication par le parti allemand durant 16 ans. En 1891, les critiques tranchantes d’Engels à propos des faiblesses du projet de programme d’Erfurt, s’en prenaient spécifi quement à la menace d’opportunisme et à la façon dont « l’opportunisme commence à se propager dans une grande partie de la presse socialdémocrate » : « Que peut-il en résulter, sinon ceci que, tout à coup, au moment décisif, le parti sera pris au dépourvu et que sur les points décisifs, il règnera la confusion et l’absence d’unité, parce que ces questions n’auront jamais été discutées ?

« Cet oubli des grandes considérations essentielles devant les intérêts passagers du jour, cette course aux succès éphémères et la lutte qui se livre tout autour, sans se préoccuper des conséquences ultérieures, cet abandon de l’avenir du mouvement que l’on sacrifie au présent, tout cela a peut-être des mobiles honnêtes. Mais cela est et reste de l’opportunisme. Or, l’opportunisme “honnête” est peut-être le plus dangereux de tous. »l2

Cette critique, adressée par Engels à Kautsky, ne fut pas publiée avant dix ans et, quand elle le fut, l’offensive révisionniste dirigée par Bernstein battait déjà son plein. En 1914, cet opportunisme s’était épanoui en une trahison ouverte à l’égard de la classe ouvrière.

Peu avant sa mort, Engels écrivit sa fameuse préface des Luttes des classes en France de Karl Marx. Cette préface est datée du 6 mars 1895 (Engels allait mourir le 5 août). Il y analysait deux aspects de la lutte révolutionnaire – pacifique et non pacifique – dans les conditions prévalant à la fin du 19e siècle et au début du 20e. La direction du Parti socialdémocrate d’Allemagne, confrontée à cette préface, y supprima prudemment les passages révolutionnaires clés et il s’ensuivit que, dans la version publiée, le tableau équilibré de la relation entre les formes pacifi ques et non pacifi ques de lutte était remplacé par une doctrine unilatérale de rejet de la vieille tactique révolutionnaire des barricades – prétendument « démodée » – et qui prêchait la légalité à tout prix comme étant la seule voie future ouverte à la classe ouvrière.

Cette déformation complète modifia le sens de la préface en l’exact contraire de ce que voulait dire Engels. Sous cette forme mutilée, le texte falsifié fut mis en circulation durant trente ans par la social-démocratie de droite, qui le fit passer pour le testament politique d’Engels et, à l’époque impérialiste naissante, il contribua à ouvrir les vannes à l’opportunisme et au crétinisme parlementaire et légal. Ce n’est qu’en 1924 que le texte original fut découvert et publié par l’Institut Marx-Engels à Moscou. Engels protesta avec une extrême vigueur contre cette falsifi cation. Au cours de sa dernière maladie, il écrivit à Kautsky, le 1er avril 1895 :

« À mon grand étonnement, je découvre aujourd’hui, dans Vorwärts, la publication d’un extrait de ma préface – sans qu’on m’en ait préalablement averti – et mutilé de telle façon qu’on m’y présente comme un adorateur pacifiste de la légalité à tout prix. Je désire d’autant plus que cette préface soit publiée sans la moindre coupure dans le Neue Zeit afin que cette version scandaleuse soit liquidée. »

Sous la direction de Kautsky, l’Internationale s’engagea dans un combat acharné contre le bernsteinisme. Il y eut un long débat théorique lors du Congrès d’Amsterdam, en 1904, et, lors du Congrès du Parti social-démocrate d’Allemagne, à Dresde, en 1905, la résolution suivante l’emporta par une majorité écrasante : « Le Congrès condamne de façon radicale les tentatives révisionnistes de modifi er les tactiques appliquées jusqu’à présent avec constance et succès et reposant sur la lutte de classe. Les révisionnistes cherchent à remplacer la conquête du pouvoir politique via la défaite de nos adversaires par une politique visant à respecter plus ou moins l’ordre des choses. Les conséquences de cette tactique révisionniste seraient de faire de notre parti, qui œuvre à la transformation la plus rapide possible de l’ordre de société bourgeois établi en un ordre socialiste, c’est-dire un parti révolutionnaire dans le meilleur sens du terme, en un parti qui se satisferait uniquement de réformer la société bourgeoise. »

Mais, en dépit de ce langage musclé, les révisionnistes furent autorisés à rester au sein de la Deuxième Internationale et du Parti socialdémocrate d’Allemagne, même en ayant manifestement abandonné leurs doctrines les plus fondamentales. Kautsky se lançait pour de bon dans la recherche de formules censées camoufl er les différences entre les révisionnistes et les révolutionnaires – par souci de l’unité. En tant qu’archi-centriste, Kautsky tenta pour de bon de combiner la forme abstraite d’une analyse théorique marxiste et les échappatoires concrètes face à la question, laissant ainsi, dans la pratique, la porte ouverte à la pourriture des éléments révisionnistes. Ceci contraste totalement avec la position de Lénine qui reconnaissait à juste titre qu’il était absolument inutile de conserver l’unité avec ceux qui, en fait, se trouvaient dans le camp adverse. L’année même du Congrès de Dresde, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) tint son Troisième Congrès, qui déboucha sur l’apparition du bolchevisme en tant que tendance séparée, organisationnellement distincte du menchevisme. En quelques années à peine, le bolchevisme devint un parti séparé.

Il est typique de l’opportunisme de la Deuxième Internationale que le Parti travailliste de Grande-Bretagne ait été autorisé à s’y joindre en 1908, malgré le fait qu’il n’acceptait pas expressément la lutte de classe prolétarienne. L’Internationale a considéré qu’il dirigeait en fait la lutte des classes en pratique et l’a accepté sur cette base. Il fallait à tout bout de champ « approuver » des résolutions « concernant les gommes de bureau » et on tirait les choses en longueur jusqu’au moment où l’on parvenait à répondre en même temps aux desiderata des révolutionnaires et à ceux des opportunistes.

La Deuxième Internationale et la politique coloniale

La nature encline à la collaboration de classe de nombreux membres de la Deuxième Internationale était déjà très manifeste sur la question du colonialisme. En théorie, la Deuxième Internationale était totalement hostile au colonialisme. Cependant, lors du Congrès de Stuttgart de 1907, un certain Van Kol, soutenu par Bernstein, dénonça ce qu’il appelait l’anticolonialisme négatif des précédents congrès. Les révolutionnaires, toutefois, émirent une résolution confirmant la position anticolonialiste et elle fut approuvée par 127 voix contre 108. Mais il est significatif qu’une importante minorité fut à même de faire valoir sa position minoritaire. Comme le fait remarquer Palme Dutt dans L’internationale, pp. 108-9, « il était significatif que le point de vue de la minorité (majoritaire au sein de la Commission) proclamant que “le Congrès ne rejette pas en principe et pour de bon toute politique coloniale qui, sous un régime socialiste, pourrait remplir un rôle civilisateur”, ait reçu autant de voix. Encore plus significative fut la ligne de division. Le vote en faveur d’une “politique coloniale socialiste” ralliait les représentants de toutes les puissances coloniales européennes hormis la Russie : c’est-dire la majorité en Grande-Bretagne et en France et, dans l’ensemble, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la Hollande, de même que la Suède et le Danemark et l’Afrique du Sud (un parti composé uniquement de Blancs). La majorité qui rejetait le colonialisme comprenait la Russie, le Japon, les États-Unis et de plus modestes États européens ou d’autres souffrant de l’oppression coloniale. »13

La Deuxième Internationale et la guerre

La Deuxième Internationale adopta une kyrielle de résolutions hostiles à la guerre, mais bon nombre de ses membres qui, vu le confort relatif dans lequel ils vivaient dans les pays impérialistes, croyaient que le capitalisme s’était « stabilisé », ne pensaient pas que la guerre fît partie des probabilités. Certains allèrent même jusqu’à interpréter les alliances militaires mises sur pied par certains pays capitalistes comme des alliances censées garantir la paix ! Toutefois, les résolutions adoptées par la Deuxième Internationale lors de son Congrès de Stuttgart, n’avaient rien d’exceptionnel. En 1907, la résolution passée à Stuttgart sur cette question disait ceci : « Si une guerre menace, il est du devoir de la classe ouvrière et de ses représentants parlementaires dans les pays concernés de concentrer tous ses efforts à empêcher cette guerre, en utilisant les moyens appropriés, lesquels, naturellement, varient et apparaissent en fonction du degré d’intensité de la lutte des classes et de l’agitation politique générale.

« Si la guerre devait quand même éclater, il est de leur devoir d’intervenir pour y mettre promptement un terme et tenter de toutes leurs forces d’utiliser la crise économique et politique provoquée par la guerre pour activer politiquement les masses populaires et hâter la chute du pouvoir de la classe capitaliste. »

Cette résolution fut adoptée à l’unanimité et elle fut confi rmée, puis adoptée à nouveau, lors des Congrès de Copenhague en 1910 et de Bâle en 1912.

Quand éclata la Première Guerre mondiale, toutefois, un très grand nombre de partis qui avaient voté à trois reprises au moins pour cette résolution soutinrent néanmoins « leurs » gouvernements bourgeois et tournèrent le dos aux engagements qu’ils avaient contractés vis-vis de l’Internationale. Aussi tard que le 2 août 1914, un rassemblement eut lieu à Trafalgar Square, à Londres. Plusieurs éminents membres du Parti travailliste fi rent des discours contre la guerre. Un Manifeste fut publié le lendemain par les représentants britanniques du Bureau socialiste international (le secrétariat de l’Internationale), appelant la classe ouvrière à : « Organisez de grandes manifestations contre la guerre dans chaque centre industriel. Forcez ceux de la classe dirigeante et leur presse, si impatients de vous engager à coopérer avec le despotisme russe, à garder le silence et à respecter la décision de l’écrasante majorité du peuple, qui ne participera pas à cette infamie et n’en tirerait de toute façon aucun bénéfi ce. »

Le lendemain, la guerre était déclarée et les orateurs du Parti travailliste qui avaient pris la parole lors du rassemblement, ainsi que les signataires du Manifeste, soutenaient le gouvernement britannique. La plupart des partis des pays impérialistes soutinrent également « leurs » gouvernements respectifs, au cours de cette guerre – le Parti socialiste français, le Parti social-démocrate d’Allemagne, le Parti social-démocrate d’Autriche, le Parti ouvrier belge et les partis australien et sudafricain. Ceux qui s’en tinrent obstinément aux résolutions de l’Internationale contre la guerre étaient les bolcheviks, le Parti social-démocrate de Hongrie, le Parti ouvrier social-démocrate de Bulgarie, le Parti socialiste italien et le Parti socialiste des États-Unis. L’effet corrupteur de l’impérialisme sur le mouvement de la classe ouvrière fut manifeste et efficace.

Les crimes des collaborateurs de classe au cours de la guerre et plus tard ne se limitèrent pas à se ranger aux côtés de leur bourgeoisie dans le but de faire la guerre. Arthur Henderson, du Parti travailliste britannique, fut au nombre des responsables de l’exécution du légendaire révolutionnaire irlandais, James Connolly, à la suite de la répression de l’insurrection irlandaise de Pâques, en 1916. Les social-démocrates allemands Scheidemann et Noske assassinèrent les véritables révolutionnaires qu’étaient Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. En Russie, les mencheviks et les social-révolutionnaires se joignirent à Koltchak et Denikine en vue de renverser le régime soviétique. Ces tendances étaient le reflet de la nature de classe d’aristocratie ouvrière et/ou petite-bourgeoise des partis en question.

Depuis lors, la social-démocratie est devenue un agent contre-révolutionnaire de l’impérialisme pour diffamer et déformer le marxisme par une représentation grossièrement, malhonnêtement et délibérément faussée et, en dernière analyse, une arme pour écraser les révolutions de la classe ouvrière et pour aider la montée au pouvoir du fascisme.

L’écroulement de la Deuxième Internationale

La crise mit définitivement un terme à la Deuxième Internationale, qui fut désertée par tous les révolutionnaires. Les partis qui continuèrent à s’opposer à la guerre convinrent d’organiser une conférence à Zimmerwald, où Lénine fit en sorte que les débats fussent imprégnés d’une compréhension correcte de la guerre qui faisait rage à ce moment.

« L’analyse de Lénine ôta toute confusion. Pour commencer, elle montra le caractère impérialiste de la guerre, rappelant la défi nition très précise qu’en avait donnée la résolution de Bâle. Secundo, elle clarifi a l’attitude marxiste vis-vis des guerres ; la distinction entre guerres justes et injustes ; et l’évaluation de chaque guerre, concrètement, non pas sur base des catégories de guerres agressives ou défensives ni des allégations qui ont déclenché ces guerres, mais en fonction de la classe qui les a menées, de sa politique et de ses desseins. Tertio, le plaidoyer en faveur de la “défense de la nation” fut donc dénoncé comme un alias sophistiqué des desseins impérialistes dans une guerre impérialiste. Ce n’était nullement une question d’indifférence des socialistes visvis de l’indépendance nationale. (…) En fait, durant la guerre mondiale impérialiste de 1914, alors que les masses populaires étaient appelées à combattre et à donner leurs vies au nom de la défense nationale, c’està-dire afin de sauver leurs pays de l’invasion et de la soumission, leurs dirigeants combattaient en réalité pour des objectifs secrets : combler leurs ambitions coloniales et rediviser le monde (…)»14

À Zimmerwald, sous la direction de Lénine, les tâches des socialistes furent définies comme suit : « 1. Refus inconditionnel de voter les crédits de guerre et retrait immédiat de tous les socialistes des gouvernements bourgeois. 2. Rejet de tout accord avec la bourgeoisie et concernant “la paix des classes”. 3. Établissement d’organisations illégales dans les pays où elles n’existaient pas et où le travail au sein d’organisations légales était difficile. 4. Soutien de la fraternisation entre les soldats sur le front. 5. Soutien de toutes les actions révolutionnaires de masse du prolétariat. »15

Néanmoins, il devint vite évident que l’organisation de Zimmerwald était littéralement envahie, elle aussi, de gens qui épousaient le socialisme en paroles, mais l’abandonnaient une fois qu’il fallait le mettre en pratique. Ils « justifiaient » leur désertion au nom de l’unité avec les social-chauvins et par souci de maintenir l’influence sur les « gens bien » qui s’associaient aux partis collaborateurs de classe après avoir été trompés par leur phraséologie socialiste. Comme le faisait remarquer Lénine, la majorité de l’organisation de Zimmerwald était constituée par un groupe de centristes kautskistes : « On comprend quel abîme infranchissable sépare les socialistes demeurés fidèles au manifeste de Bâle, et qui “répondent” à la guerre par la propagande et la préparation de la révolution prolétarienne, des social-chauvins qui répondent à la guerre par le soutien de “leur” bourgeoisie nationale. On comprend tout ce qu’il y a d’impuissant, de naïf et d’hypocrite dans les tentatives faites pour “réconcilier” ou “unir” ces deux courants.

« Nous observons justement de lamentables tentatives de ce genre de la part du troisième courant du socialisme mondial, le courant dit “centriste” ou “kautskiste” (du nom du représentant le plus renommé du “centre”, Karl Kautsky). En trois années de guerre, ce courant s’est manifesté dans tous les pays comme complètement dépourvu d’idées et totalement impuissant. C’est ainsi que les événements ont amené en Allemagne la scission entre les Plékhanov allemands et les kautskistes, qui ont formé leur propre parti, baptisé “Parti social-démocrate indépendant”. Mais ce parti n’ose pas tirer des faits les conclusions qui s’imposent, il prêche l’ “unité” avec les social-chauvins sur le plan international, il continue à tromper les masses ouvrières en entretenant chez elles l’espoir du rétablissement d’une unité de ce genre en Allemagne, il freine la seule tactique prolétarienne juste, celle de la lutte révolutionnaire contre “son” gouvernement, y compris pendant la guerre, celle d’une lutte qui peut et doit modifier ses formes, mais ne peut être ni différée, ni rejetée au second plan »16À Zimmerwald, les révolutionnaires se constituèrent en une faction « zimmerwaldienne de gauche », nantie de sa propre organisation en vue de combattre pour la position révolutionnaire. De son côté, Lénine, insistait pour que se constituât une troisième Internationale communiste complètement débarrassée de toute influence collaboratrice de classe. La victoire des révolutions de Février et d’Octobre, en Russie, fit en sorte qu’une pléthore de partis désirèrent ardemment la rallier, mais Lénine était bien décidé à rejeter tous ceux qui allaient y amener avec eux quelque infl uence opportuniste. C’est pourquoi il ne suggéra pas moins de 21 conditions d’admission – et, en fait, chacune de ces conditions en rassemblait même plusieurs.

La guerre et la révolution d’Octobre mettaient bien en évidence l’extrême nullité de la Deuxième Internationale et ce fut ce qui la balaya. Avant de passer à la Troisième, l’Internationale communiste, il est utile de résumer brièvement les réalisations et les faiblesses de la Deuxième Internationale.

Les réalisations de la Deuxième Internationale

Durant ses 25 années d’existence, on assista au développement d’un mouvement socialiste de masse organisé, basé sur le marxisme, dans tous les pays capitalistes européens, aux États-Unis, au Canada, au Japon, en Argentine, en Australie et en Afrique du Sud (ici, composé uniquement de Blancs). L’affi liation moyenne de ces partis marxistes atteignit 4 millions de membres et attira 12 millions de votes parlementaires. L’opportuniste Parti travailliste britannique était le plus important, avec 1,5 million de membres, et le parti allemand, avec plus d’un million de membres, était le second en importance. Douze millions de syndicalistes étaient affiliés à la Fédération internationale des Syndicats. Étaient également liés à la Deuxième Internationale un Conseil international des femmes des organisations socialistes et travaillistes, avec Clara Zetkin comme secrétaire, et une organisation similaire pour la jeunesse. Le marxisme fut reconnu par tous les partis, excepté le Parti travailliste britannique, comme l’expression théorique du mouvement ouvrier. Un travail d’envergure et dans l’esprit socialiste sur le plan de l’éducation, de la propagande et de l’agitation, étendant l’infl uence du marxisme, fut mené parmi la classe ouvrière européenne et dans certains pays au-delà de l’Europe – aidant ainsi à former toute une génération de cadres, dont beaucoup, plus tard, allaient former des partis communistes.

Les faiblesses de la Deuxième Internationale

La Deuxième Internationale correspondait au principal développement légal et pacifique du mouvement ouvrier dans les principaux pays européens depuis la chute de la Commune de Paris jusqu’en 1914. Après l’échec de la Révolution de 1848, quand le capitalisme entama une période de développement avec des forces renouvelées et quand l’idée de la prise de pouvoir directe par la classe ouvrière s’avéra irréalisable, Marx et Engels, affrontant carrément la réalité, indiquèrent une voie pour préparer la classe ouvrière aux futures batailles révolutionnaires pour le pouvoir, par le travail préparatoire nécessaire consistant à mettre sur pied et à consolider les organisations ouvrières et à développer une conscience de classe et une conscience politique à travers les luttes de parti et le combat pour la démocratie et des réformes économiques. Toutefois, durant cette longue et paisible période de développement, et sous l’influence de l’opportunisme favorisé par la corruption impérialiste, le but final du mouvement prolétarien fut de plus en plus perdu de vue.

Alors que Marx et Engels rappelaient constamment à la classe ouvrière de ne jamais oublier que sa lutte pour la démocratie et des réformes n’était rien de plus qu’un travail préparatoire dont le but était de renforcer son organisation et sa conscience de classe en préparation de l’époque révolutionnaire des batailles décisives contre le capitalisme, les opportunistes de la Deuxième Internationale transformèrent cette lutte pour la démocratie et des réformes en une fin en soi.

Pour l’exprimer avec les mots de Lénine : « Durant le long processus du développement pacifique du capitalisme, l’objet de cette lutte préliminaire, de cette période d’organisation de la lutte fut oublié, le but étant devenu, aux yeux de la plupart des dirigeants de la classe ouvrière et d’un nombre sensiblement élevé de travailleurs eux-mêmes, surtout un but en soi au lieu d’un moyen. »

Ceci permit l’émergence des faiblesses fondamentales de la Deuxième Internationale qui, en fin de compte, débouchèrent sur son effondrement, en 1914. Ces faiblesses étaient les suivantes:

1. Une faiblesse théorique dans la forme de la coexistence pacifi que du marxisme et de l’opportunisme à travers de vagues formulations et distorsions théoriques du marxisme et des « résolutions sur les gommes de bureau ».

En dehors du bolchevisme, l’écrasante majorité des partis de la Deuxième Internationale  fut  incapable  de  marquer  sa  rupture avec l’opportunisme – tout cela au nom de l’unité du parti. Ici, les centristes, dirigés par Kautsky, jouèrent un rôle crucial très peu honorable en réconciliant l’aile révolutionnaire avec l’aile opportuniste.

2. La faiblesse organisationnelle. Au contraire de la Première Internationale, qui fonctionnait comme une direction internationale centrale du prolétariat, une autorité démocratiquement élue sur toutes les sections nationales et fournissant une direction permanente, non seulement sur les questions de principe élaborées lors des congrès ou au Conseil général, mais aussi dans les luttes actives de la classe ouvrière dans les divers pays et dans l’organisation directe de la solidarité ouvrière. En contraste, au cours de ses onze premières années d’existence, la Deuxième Internationale ne fut constituée que de congrès et n’avait pas du tout de centre organisé. En 1900, le Bureau socialiste international fut instauré, avec son siège à Bruxelles, mais il ne remplissait aucun rôle de direction internationale et n’avait aucune autorité sur les sections nationales. Ce « centre » se limita au rôle de « poste restante », de centre technique pour la préparation des congrès, pour l’archivage et la publication des décisions et des débats ou la transmission de la correspondance – une association de libre discussion réunissant des partis distincts, chacun poursuivant sa propre voie. Cet état de choses laissait plus d’espace qu’il n’en fallait à la prolifération virulente des tendances opportunistes et chauvines et créa la base inévitable de son effondrement en 1914.

3. L’étroitesse de la base de son organisation et de son profi l, consistant surtout en la classe ouvrière organisée des principaux pays impérialistes et reflétant, à l’instar de sa direction, le profil de l’aristocratie ouvrière de ces pays, constituait une faiblesse la vouant à une mort certaine. D’où un abîme entre ses discours et ses actes, entre ses résolutions et sa pratique. Par exemple, des résolutions contre le colonialisme allaient main dans la main avec une négligence complète de la signification révolutionnaire des luttes de libération nationale des peuples des vastes continents d’Asie, d’Afrique et de l’Amérique latine souffrant sous la botte de l’impérialisme, de la soumission et de l’exploitation coloniale – une incongruité à laquelle Lénine et le Komintern allaient mettre un terme.

Voici comment Staline décrivait, avec sa limpidité et son mordant caractéristiques, la « duplicité et les demi-mesures » de la Deuxième Internationale sur la question de l’émancipation coloniale : « Autrefois, la question nationale était ordinairement limitée à un cercle étroit de problèmes concernant principalement les nations “civilisées”. Irlandais, Hongrois, Polonais, Finlandais, Serbes et quelques autres nationalités d’Europe, telle était la catégorie des peuples ne jouissant pas des pleins droits et au sort desquels s’intéressaient les grands hommes de la Deuxième Internationale. Les dizaines et les centaines de millions d’hommes des peuples d’Asie et d’Afrique, qui subissaient l’oppression nationale sous sa forme la plus brutale et la plus féroce, restaient ordinairement hors du champ visuel. On ne pouvait se résoudre à mettre sur le même plan les Blancs et les Noirs, les “civilisés” et les “non-civilisés”. Deux ou trois résolutions aigres-douces et vides de sens, qui éludaient soigneusement la question de la libération des colonies, voilà tout ce dont les hommes de la Deuxième Internationale pouvaient se vanter. Aujourd’hui, cette dualité et cette indécision dans la question nationale doivent être considérées comme liquidées. Le léninisme a dévoilé cette disproportion criante, il a détruit le mur qui séparait Blancs et Noirs, Européens et Asiatiques, esclaves “civilisés” et “non civilisés” de l’impérialisme, et il a rattaché ainsi la question nationale à la question des colonies. »17

La Troisième Internationale (communiste)

« La Première Internationale a jeté les fondements de la lutte prolétarienne, internationale, pour le socialisme.

« La Deuxième Internationale a été une phase de préparation du terrain pour propager largement parmi les masses le mouvement dans plusieurs pays.

« La Troisième Internationale a recueilli les fruits du labeur de la Deuxième Internationale, elle s’est débarrassée de la vermine bourgeoise et petite-bourgeoise, opportuniste et social-chauvine et a commencé à réaliser la dictature du prolétariat. »18

Bien que fondé en mars 1919, le but de l’instauration du Komintern fut explicitement proclamé par Lénine en novembre 1914, lorsqu’il écrivit : « La Deuxième Internationale est morte, vaincue par l’opportunisme. À bas l’opportunisme, et vive la Troisième Internationale débarrassée (…) de l’opportunisme ! »19

Le 1er Congrès du Komintern établit en termes clairs les principes du communisme révolutionnaire, mettant en exergue la théorie du marxisme à l’époque de la crise générale du capitalisme et de la révolution prolétarienne mondiale, la nécessité de rompre avec le socialchauvinisme et le centrisme, et la clarification de la limite entre la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat.

Le 2e Congrès du Komintern (juillet-août 1920) adopta les fameuses « 21 conditions d’admission à l’Internationale communiste ». Celles-ci incluaient la rupture avec le réformisme, le social-pacifisme et le centrisme, le strict contrôle des groupes parlementaires et la nécessité de voir la presse du parti subordonnée au parti, une activité consistante au sein des organisations de masse, le soutien des mouvements de libération nationale, le soutien inconditionnel de toute république soviétique contre des forces contre-révolutionnaires, le centralisme démocratique et une discipline de fer dans l’organisation, la combinaison du travail légal et illégal, la propagande et l’agitation parmi les forces armées, le travail dans les zones rurales, les purges périodiques parmi les membres et l’acceptation de la nature contraignante des décisions du Komintern.

En contraste avec la Deuxième Internationale, le Komintern fi xa luimême le but consistant à unir les travailleurs du monde entier, sans distinction de couleur ou de race : « L’Internationale communiste rompt une fois pour toutes avec les traditions de la Deuxième Internationale, pour laquelle, en fait, seuls les peuples à peau blanche existaient. La tâche de l’Internationale communiste est de libérer les travailleurs du monde entier. Dans ses rangs, les peuples à peau blanche, jaune et noire – les travailleurs du monde entier – sont fraternellement unis. » L’importance du 2e Congrès peut se voir dans le fait qu’il a établi la constitution et les règles de l’organisation, de même qu’il a formulé des thèses sur une foule de questions importantes, y compris le parlementarisme, le syndicalisme, la question agraire, la question nationale et coloniale et le rôle du parti communiste.

Comme nous l’avons vu, les conditions de Lénine à l’admission à la Troisième Internationale étaient très strictes. L’Internationale, à l’instar du parti communiste de n’importe quel pays, devait être épurée de l’opportunisme, et chacun de ces partis allait devoir lutter sans réserve pour gagner la classe ouvrière à la politique révolutionnaire prolétarienne.

Jusqu’en 1914, il fut possible pour diverses tendances opposées, depuis les fabiens jusqu’aux bolcheviks, de se trouver au sein d’une seule Internationale. Il était toujours possible de traiter les tendances erronées et opportunistes comme des tendances au sein du mouvement ouvrier. La guerre de 1914 et plus encore la révolution d’Octobre allaient installer ces tendances dans les secteurs opposés des barricades.

Quand  Henderson  applaudit  à  l’exécution  du  légendaire  James Connolly, quand Scheidemann et Noske assassinèrent Liebknecht et Rosa Luxemburg, quand les mencheviks et les social-révolutionnaires s’associèrent à la Garde blanche des généraux Koltchak et Denikine pour faire la guerre contre la révolution d’Octobre, il aurait été particulièrement ridicule de traiter la social-démocratie simplement comme une tendance erronée du mouvement ouvrier et de chercher l’unité avec elle. Elle était devenue un agent déclaré de la bourgeoisie et un ennemi avoué du prolétariat révolutionnaire et c’est ainsi qu’il convenait de la traiter et de la combattre : en ennemie mortelle de la classe ouvrière.

Toutefois, cela ne signifiait nullement le retrait des organisations de masse qui avaient une direction réactionnaire ni le refus absolu de traiter ou de faire des compromis avec la classe ennemie dans quelque circonstance que ce soit.

Le même Lénine qui exigeait l’extrême pureté révolutionnaire au sein du parti révolutionnaire et de l’internationale révolutionnaire n’avait pas de problème à arranger une transaction avec un réactionnaire si cela pouvait s’avérer utile ou contribuer à faire progresser la cause de la classe ouvrière. Voici ce que Lénine disait à propos de la question de faire un marché avec les monarchistes français en 1918.

« Quand, en février 1918, les rapaces de l’impérialisme allemand eurent lancé leurs troupes contre la Russie désarmée qui, confi ante dans la solidarité internationale du prolétariat, avait démobilisé avant que la révolution internationale ne fût tout à faire mûre, je n’hésitai pas un seul instant à “m’entendre” dans un certain sens avec les monarchistes français. Le capitaine français Sadoul, qui, en paroles, sympathisait avec les bolcheviks, mais en fait servait corps et âme l’impérialisme français, me présenta l’officier français de Lubersac. “Je suis monarchiste ; mon seul but est la défaite de l’Allemagne”, me déclara de Lubersac.

Cela va sans dire”, répondis-je. Ce qui ne m’empêcha pas le moins du monde de “m’entendre” avec de Lubersac au sujet des services que désiraient nous rendre des officiers français dans l’intérêt du socialisme.

Nous échangeâmes une poignée de main, le monarchiste français et moi, chacun de nous sachant que son “partenaire” l’aurait fait pendre volontiers. Mais, momentanément, nos intérêts coïncidaient. Contre les requins allemands qui nous attaquaient, nous avons tiré parti dans l’intérêt de la révolution socialiste russe et internationale, des intérêts contraires, non moins rapaces, d’autres impérialistes. Nous avons ainsi servi les intérêts de la classe ouvrière de Russie et des autres pays, nous avons renforcé le prolétariat et affaibli la bourgeoisie du monde entier ; nous avons manœuvré, ce qui est parfaitement légitime et obligatoire dans toute guerre, nous avons louvoyé, nous nous sommes repliés en attendant le moment où achèverait de mûrir la révolution prolétarienne qui montait rapidement dans nombre de pays avancés.

« Et les requins de l’impérialisme anglo-français et américain auront beau écumer de rage, nous calomnier, dépenser des millions pour soudoyer les journaux social-patriotes, je n’hésiterai pas un instant à conclure une “entente” de ce genre avec les rapaces de l’impérialisme allemand si une attaque des troupes franco-anglaises contre la Russie nous y oblige. »20

Les membres de l’Internationale et d’une organisation composée uniquement des éléments les plus avancés de la classe ouvrière, à savoir un parti communiste, constituent un forum pour élaborer les meilleures stratégies et tactiques permettant d’évoluer. Mais il n’est guère utile d’avoir une parfaite connaissance des meilleures stratégies et tactiques possibles si on ne les met pas en pratique. Le faire implique que l’on s’adresse aux masses où qu’elles soient et qu’on engage la lutte de jour en jour pour la réalisation des objectifs progressistes en alliance avec tous ceux qui, essentiellement, apporteront un certain poids au camp prolétarien de la lutte.

En aucune façon, les communistes ne peuvent s’attendre à ce que les organisations de masse soient à l’abri d’une pensée erronée. Si elles l’étaient, il n’y aurait nul besoin de parti communiste. Après tous les emportements de Lénine contre l’aristocratie ouvrière et leur direction traîtresse des syndicats, il y avait ceux qui se seraient attendus à ce que Lénine leur dise qu’en aucune circonstance les communistes ne devraient travailler dans ces syndicats réactionnaires. Mais dans La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Lénine allait les détromper lourdement dans leurs points de vue erronés : « Dans les pays plus avancés que la Russie, un certain esprit réactionnaire des syndicats s’est manifesté et devait se manifester incontestablement, avec beaucoup plus de force que chez nous. En Russie, les mencheviks avaient (et ont encore en partie, dans un très petit nombre de syndicats) un appui dans les syndicats, précisément grâce à cette étroitesse corporative, à cet égoïsme professionnel et à l’opportunisme. Les mencheviks d’Occident se sont bien plus solidement “incrustés” dans les syndicats et une “aristocratie ouvrière” corporative, étroite, égoïste, sans entrailles, cupide, philistine, d’esprit impérialiste, soudoyée et corrompue par l’impérialisme, y est apparue bien plus puissante que chez nous. Cela est indiscutable. (…) Cette lutte doit être impitoyable et il faut absolument la pousser (…) jusqu’à déshonorer complètement et faire chasser des syndicats tous les incorrigibles leaders de l’opportunisme et du social-chauvinisme. Il est impossible de conquérir le pouvoir politique (et il ne faut pas essayer de prendre le pouvoir) aussi longtemps que cette lutte n’a pas été poussée jusqu’à un certain degré (…).

Mais nous luttons contre “l’aristocratie ouvrière” au nom de la masse ouvrière et pour la gagner à nous ; nous combattons les leaders opportunistes et social-chauvins pour gagner à nous la classe ouvrière. Il serait absurde de méconnaître cette vérité élémentaire et évidente entre toutes. Or, c’est précisément la faute que commettent les communistes allemands “de gauche” qui, de l’esprit réactionnaire et contre-révolutionnaire des milieux dirigeants syndicaux, concluent à… la sortie des communistes des syndicats ! au refus d’y travailler ! et voudraient créer de nouvelles formes d’organisation ouvrière qu’ils inventent ! Bêtise impardonnable qui équivaut à un immense service rendu par les communistes à la bourgeoisie. »21

La tactique du front uni

Contrairement aux mythes répandus par la social-démocratie et par d’autres agents de la bourgeoisie, le Komintern et les partis communistes considérés individuellement, tout en adhérant fermement aux principes du communisme et en combattant l’opportunisme, ont toujours gardé à l’esprit la nécessité de créer un large front uni dans la lutte pour le renversement du capitalisme.

Lors de son 3e Congrès (1921), le Komintern fit de son mieux pour lancer la formation d’un front uni des organisations de la classe ouvrière, ce qui ne fut rejeté avec mépris que par les social-démocrates de la Deuxième Internationale. Des efforts similaires furent accomplis tout au long de la période précédant directement l’accession au pouvoir du fascisme en Allemagne, en 1933. Après avoir déserté pour rallier le camp de la bourgeoisie en 1914, la social-démocratie devint une tendance contre-révolutionnaire qui, à chaque stade, à chaque moment crucial, est confrontée à un choix : prendre parti pour la classe ouvrière ou pour la bourgeoisie. Elle choisit infailliblement le camp de cette dernière.

Il y a ceux qui condamnent le Komintern et plus particulièrement Joseph Staline d’avoir suivi une ligne sectaire sur la question de la social-démocratie, en aliénant celle-ci et en facilitant ainsi la victoire du fascisme en Allemagne. Pour étayer cette condamnation, ils citent habituellement la déclaration faite par Staline en septembre 1924, et qui dit que « (…) la social-démocratie représente objectivement l’aile modérée du fascisme », ainsi que l’analyse effectuée par le 10e Plénum du Comité exécutif de l’Internationale communiste (CEIC), en juillet 1929, selon lequel, dans certains pays, la social-démocratie avait revêtu le caractère du « social-fascisme qui, de plus en plus, servait la bourgeoisie en tant qu’instrument censé paralyser l’activité des masses dans la lutte contre le régime dictatorial fasciste ». Le Komintern en était arrivé à cette conclusion correcte après que le gouvernement social-démocrate prussien de Braun et Severing eut interdit la manifestation historique de la classe ouvrière le 1er mai, à Berlin, et fait abattre les travailleurs qui avaient osé manifester en défi ant l’interdiction.

Palme Dutt déclare que l’usage du terme « (…) visait manifestement à servir de parallèle à l’emploi par Lénine du terme de “social-chauvinisme” pour décrire la dégénérescence de (…) la direction de la socialdémocratie durant la Première Guerre mondiale et l’identifier au social-chauvinisme »ajoutant, toutefois, qu’ « il y avait des défauts dans la mise en parallèle, ce qui rendait son usage inoffensif ». Néanmoins, il poursuit en disant que « (…) dans certains pays, certaines sections de la direction social-démocrate en étaient arrivées à avoir des liens très étroits avec le fascisme ».22  Après quoi, il cite les exemples, repris plus bas, des liens étroits entre la direction social-démocrate de Hongrie, de Belgique et de Finlande, d’une part, et les nazis, d’autre part. Sur base de ce qui précède, il conclut : « Par conséquent, au vu des sections les plus puissantes de l’extrême droite de la social-démocratie, il était justifié de dire que celle-ci agissait en instrument parallèle de la bourgeoisie, en même temps que le fascisme, afin de porter des coups à la classe ouvrière militante et de paralyser la lutte de la classe ouvrière contre le fascisme. » Et d’ajouter, comme il en a l’habitude, que « néanmoins, l’usage de ce terme était une erreur politique ».23  C’est typique de la méthode de discussion de Palme Dutt, méthode selon laquelle on ne peut nier que la caractérisation de la social-démocratie en tant que social-fascisme eût été correcte, mais que, par ailleurs, il aurait fallu admettre qu’une telle description était une erreur ! Ce qui est vrai, c’est qu’en tant qu’intellectuel objectif et communiste, Palme Dutt est manifestement d’avis que l’analyse du Komintern était correcte, alors qu’étant soumis à des pressions extrêmes de la part du révisionnisme khrouchtchévien, il était obligé de dénoncer cette caractérisation correcte comme étant une erreur politique. Notre opinion est totalement confirmée dans plusieurs sections de l’ouvrage de Palme Dutt, par exemple, à la page 212, où il écrit que « (…) la ligne de base de (…) la direction social-démocrate [était celle] de la coalition avec le capitalisme, la tolérance par le gouvernement des organisations fascistes paramilitaires et extralégales, l’interdiction des organisations de défense de la classe ouvrière militante et la direction de la principale offensive, y compris l’offensive policière, contre la gauche ».24

Et, plus loin, il poursuit encore en disant que, dès que la gravité croissante de la menace fasciste devint manifeste, les communistes furent les premiers à « (…) préconiser sans condition, encore et toujours, à partir de l’été 1932, le front uni de la classe ouvrière, tant au sommet qu’à la base, des social-démocrates et des communistes, pour arrêter l’offensive du fascisme. Ce fut la direction social-démocrate qui refusa le front uni. »25

En avril 1932, Severing déclara : « Le parti social-démocrate est fortement enclin à voir les nazis de monsieur Hitler partager la responsabilité gouvernementale. » Et Vorwärts, l’organe du parti, dans la même période, écrivait : « C’est un trait de perspicacité politique que de permettre aux nazis d’accéder au pouvoir avant qu’ils ne deviennent une majorité. » Seuls les communistes s’opposèrent à cette ligne et écrivirent dans leur journal, Rote Fahne, le 26 avril 1932 : « Nous ferons tout pour barrer la route du pouvoir gouvernemental à Hitler. » Toutefois, les communistes, minoritaires dans la classe ouvrière, furent impuissants à empêcher seuls la montée au pouvoir des nazis.

Il est indubitable que la social-démocratie collabora avec l’impérialisme en facilitant la montée au pouvoir du fascisme. Clara Zetkin avait absolument raison lorsque, dans son rapport sur le fascisme, présenté en juillet 1923 devant le Comité exécutif élargi de l’Internationale communiste, elle déclarait : « Historiquement, le fascisme est la punition du prolétariat de l’Europe occidentale et centrale pour n’avoir pas poursuivi la révolution commencée en Russie. » La social-démocratie allemande avait écrasé par les armes la révolution prolétarienne allemande de novembre 1918 et elle avait assassiné Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Elle allait continuer, comme nous le verrons, à mettre tout en œuvre pour entraver la lutte révolutionnaire et frustrer toute tentative de construction d’un front uni qui aurait pu empêcher le nazisme de venir au pouvoir. Sous l’influence et la pression du révisionnisme khrouchtchévien, Rajani Palme Dutt, qui, dans son ouvrage L’Internationale, par ailleurs excellent, accuse le Komintern et Joseph Staline de sectarisme, est néanmoins obligé de déclarer ce qui suit : « Le 22 décembre 1921, le Parti social-démocrate hongrois a signé un traité secret avec la dictature de la Garde blanche, promettant sa coopération et son soutien au “point de vue magyar”, en échange de sa légalité et, par la suite, il a servi d’agence de transmission à la police des rapports d’activités ou de noms de membres du parti communiste illégal. On découvrit plus tard, après l’invasion de la Belgique, que le président du Parti ouvrier belge, De Man (qui, en 1928, dans un frémissant discours, Au-delà du marxisme, avait plaidé pour “la substitution aux intérêts de classe du sentiment de justice en tant que base du socialisme” et avait proclamé “Le marxisme est mort ! Longue vie au socialisme !”), était un agent nazi ; sa dernière action, en 1940, avait été de dissoudre le parti ouvrier. Varjonen, en Finlande, membre de la fasciste “Confrérie en armes” au cours de la Seconde Guerre mondiale, prêcha en faveur d’une marche de conquête et de rapines “jusqu’en Oural”, il rendit à plusieurs reprises visite à Hitler en Allemagne et, après l’Armistice, devint secrétaire du Parti social-démocrate fi nlandais. Le gouvernement social-démocrate prussien Braun-Severing se vanta dans un mémorandum officiel de 1932 d’avoir “infligé plus de morts à la gauche qu’à la droite”. »26

Par conséquent, à la lumière de ce qui précède, il ne peut être incorrect de caractériser la social-démocratie comme social-fascisme ; il ne peut être incorrect de dénoncer les éléments opportunistes au sein du mouvement de la classe ouvrière. Si, avec raison, Lénine, à son époque, qualifiait les social-démocrates de social-chauvins et social-impérialistes (socialistes en paroles et impérialistes et chauvins en actes), pourquoi est-il incorrect de caractériser les social-démocrates des années

20 et 30 comme social-fascistes (socialistes en paroles mais fascistes en actes) ? C’est ce qu’ils sont dans la pratique, car ils ont tout fait pour faciliter la montée du fascisme.

Toutefois, Palme Dutt considère que le Comité exécutif de l’Internationale Communiste était dans l’erreur, sur cette question, non parce que les social-démocrates n’étaient pas des social-fascistes, mais parce qu’il « donnait des armes faciles aux ennemis du communisme pour répandre des malentendus volontaires (…) et pour impliquer que c’était destiné à désigner les millions de simples membres des partis socialdémocrates. De la sorte, les travailleurs social-démocrates étaient opposés au moment même où il était important de dissiper leurs préjugés et leur hostilité et de gagner leur coopération. »27

C’est étrange, à tout le moins, et pour les raisons suivantes.

1. Le Comité exécutif de l’Internationale communiste ne sortit pas de directive demandant à tout communiste rencontrant un simple membre du parti social-démocrate de lui crier « social-fasciste » à la fi gure.

2. On ne peut s’empêcher d’affirmer la vérité simplement parce que l’une ou l’autre section des masses ne l’aime pas trop. En fait, les masses ont besoin qu’on les aide à saisir cette vérité de sorte que, par la compréhension, elles combattront plus efficacement et de façon plus décidée dans la poursuite de leurs propres intérêts de classe. Toute personne qui nous dit que nous devons cacher la vérité au cas où elle pourrait déconcerter les gens facilite objectivement la mise en retard du mouvement ouvrier.

3. C’est précisément lors de ce même congrès de 1928, au cours duquel l’Internationale communiste est supposée s’être trompée en prônant le slogan « gauchiste » d’une classe contre l’autre, qu’on attira instamment l’attention de la classe ouvrière sur les dangers du fascisme et de la guerre et sur la nécessité d’organiser les masses des travailleurs de toute organisation possible contre ces dangers.

Dans le discours même dans lequel Staline, en 1924, définit la socialdémocratie comme « l’aile modérée du fascisme », il poursuivit en disant : « (…) il ne faut pas oublier que la Fédération d’Amsterdam [des syndicats réactionnaires] ne groupe pas moins de 14 millions de travailleurs organisés. Imaginer qu’il sera possible de réaliser la dictature du prolétariat en Europe contre la volonté de ces millions de travailleurs serait une grave erreur ; cela signifierait s’écarter de la voie du léninisme et aller au-devant d’une défaite inévitable. Par conséquent, la tâche consiste à gagner ces millions de travailleurs aux côtés de la révolution et du communisme, à les libérer de l’influence de la bureaucratie syndicale réactionnaire ou, du moins, à les amener à adopter une attitude de neutralité bienveillante à l’égard du communisme. »28

Par conséquent, on peut voir que la ligne du Komintern, et celle de Staline en personne, étaient, d’une part, de dénoncer la social-démocratie comme l’agent contre-révolutionnaire de l’impérialisme et, d’autre part, de gagner au camp du communisme les millions de travailleurs sous influence social-démocrate. Qu’il se soit agi de la ligne correcte ne peut faire aucun doute. Que cette ligne correcte ne soit pas parvenue à arrêter la montée au pouvoir du nazisme ne prouve en aucun cas qu’elle ait été incorrecte. La victoire ne dépend pas de la seule justesse de la ligne, elle dépend de l’équilibre des forces. Le pouvoir de la bourgeoisie allemande et l’assistance reçue par cette dernière de la part de la social-démocratie s’avérèrent bien trop forts pour que le prolétariat révolutionnaire, sous la conduite du Parti communiste d’Allemagne, pût leur résister. Ce qui prouve la justesse de la ligne du Parti communiste allemand, c’est que son prestige parmi les masses a augmenté d’année en année. Et c’est précisément l’une des raisons pour lesquelles la bourgeoisie allemande se hâta de basculer son soutien du côté du fascisme. Il fallut devancer une situation révolutionnaire qui se développait très rapidement et le gouvernement allemand recourut au fascisme en liquidant sommairement toute prétention à un pouvoir démocratique. Pour reprendre les termes de Palme Dutt, le fascisme « est apparu dans des pays déchirés par d’intenses contradictions de classes, où il y avait une situation révolutionnaire potentielle, mais où il n’y avait pas encore de classe ouvrière révolutionnaire suffisamment développée pour être en mesure de mener à bien une révolution socialiste victorieuse ; où la direction social-démocrate était capable de maintenir son emprise sur la majorité de la classe ouvrière pour venir à la rescousse du capitalisme et barrer la route à la révolution, sauf si elle était confrontée au mécontentement croissant de la classe ouvrière ; et où le régime capitaliste discrédité était capable, par conséquent, d’utiliser un ramassis hétéroclite de démagogues gueulant des slogans d’allure radicale, mais chauvins et racistes, ramassis en fait financé par le grand capital afin de mobiliser un “mouvement de masse” réactionnaire composé des éléments désillusionnés et frustrés les plus divers, provenant surtout des couches moyennes, mais également des sections arriérées des travailleurs, afin de faire la guerre au mouvement ouvrier organisé et préparer ainsi la voie à l’instauration d’une dictature terroriste des sections les plus agressives et réactionnaires du grand capital .»29

En juillet 1923, le Comité élargi de l’Internationale communiste (CEIC) livra une analyse préliminaire du caractère du fascisme – un phénomène tout d’abord observé en Italie dans le sillage de la Première Guerre mondiale, où la bourgeoisie organisa une vague de gangstérisme contre les organisations de la classe ouvrière en guise de réponse à une vague d’occupations d’usines par les travailleurs qui avait d’abord été  liquidée  par  les  social-démocrates  réformistes.  C’est  pourquoi l’Exécutif élargi allait déclarer : « Le fascisme est un phénomène caractéristique du pourrissement, un reflet de la dissolution progressive de l’économie capitaliste et de la désintégration de l’État bourgeois.

« Sa racine la plus forte réside dans le fait que la guerre impérialiste et le bouleversement de l’économie capitaliste intensifié et accéléré par la guerre signifiaient, pour les larges couches de la petite et moyenne bourgeoisie, des petits paysans et de l’ “intelligentsia”, et en contraste avec les espoirs qu’ils nourrissaient, la destruction de leur ancienne condition d’existence et, tout particulièrement, de leur ancienne sécurité. Les vagues attentes que nombre de personnes de ces couches sociales plaçaient dans une amélioration sociale radicale censée être amenée par le socialisme réformiste avaient également été déçues. La trahison de la révolution par les dirigeants du parti réformiste et du syndicat (…) les avait conduits à désespérer du socialisme même. La faiblesse de volonté, la peur de la lutte révélées par la manière dont la majorité écrasante du prolétariat en dehors de la Russie soviétique tolère cette trahison et peine sous les fouets capitalistes pour conforter sa propre exploitation, son propre asservissement, a dépouillé ces petits et moyens bourgeois, de même que les intellectuels, mis en effervescence, de leur foi en la classe ouvrière en tant que puissant agent d’une transformation sociale radicale. Ils ont été rejoints par de nombreux éléments prolétariens qui, cherchant et réclamant de l’action, se sentent mécontents de tous les partis politiques. Le fascisme attire aussi les déçus et les déclassés, les déracinés de toute couche sociale, et particulièrement les anciens officiers qui ont perdu leur occupation depuis la fin de la guerre (…).

« L’ancien appareil prétendument non politique de l’État bourgeois ne garantit plus une sécurité adéquate à la bourgeoisie. Elle s’est mise à créer des troupes spécialement conçues pour la lutte des classes contre le prolétariat. C’est le fascisme qui fournit ces troupes. »

À son tour, le 7e Congrès du Komintern, en 1935, donna une brève définition du fascisme comme étant « (…) la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du capital fi nancier ».

Ni le Komintern ni le Parti communiste d’Allemagne, par leur analyse théorique et leur activité pratique, ne facilitèrent l’accession des hitlériens au pouvoir. Cette responsabilité est carrément imputable à la bourgeoisie allemande, à la bourgeoisie des démocraties impérialistes, entre autres, celle de Grande-Bretagne, de France et des États-Unis et à la collaboration avec elle de la social-démocratie allemande.

Même aussi tardivement que lors des élections de novembre 1932 en Allemagne, les votes combinés de la classe ouvrière s’élevaient à 13 241 000, contre 11 729 000 pour les nazis. Il y eut une chute des votes nazis de plus de deux millions de voix par rapport aux précédentes élections. Au cours de ces mêmes élections, alors que les votes socialdémocrates baissaient d’un demi-million, ceux du Parti communiste s’accroissaient du même nombre. Les signes d’un déclin dans la fortune électorale du nazisme et d’une montée de celle du Parti communiste alarma la bourgeoisie allemande, ce qui l’amena, par le biais du président Hindenburg, à mettre Hitler au pouvoir de par en haut, bien que les nazis n’eussent pas la majorité parlementaire. Pourtant, la direction de la social-démocratie allemande rejeta les appels répétés du Parti communiste, directement adressés, durant cette période cruciale, à l’exécutif social-démocrate et à l’exécutif de la Fédération des Syndicats, en vue d’un front uni à l’échelle de la nation contre le nazisme – en juillet 1932, en janvier 1933, après l’installation de Hitler, et en mars 1933, après l’incendie du Reichstag.

Wels, le chef du parti social-démocrate allemand, démissionna du Comité exécutif de la Deuxième Internationale, à cause des « histoires d’atrocités » que celle-ci avait répandues contre Hitler ! La direction du syndicat social-démocrate annonça son intention de coopérer avec le nazisme, proclamant que la « révolution » nazie était le prolongement triomphal de la révolution de 1918 et que l’ennemi commun était le communisme ! Elle invita même les travailleurs à participer aux rassemblements de 1er mai de Hitler. Le 17 mai 1933, la totalité du parti social-démocrate au Reichstag (les députés communistes avaient déjà été jetés en prison) vota en faveur de la résolution du gouvernement nazi et se joignit à une acclamation unanime en l’honneur de Hitler. Loin d’être récompensés par le nazisme pour leur coopération, les social-démocrates se retrouvèrent emmenés vers les cachots et camps de concentration nazis. « Les Leipart et les Grassmann », déclara le docteur Ley, chef du Front travailliste nazi, « peuvent professer leur dévotion à Hitler, mais ils sont mieux en prison. »

À l’occasion du 20e anniversaire de la révolution d’Octobre, Georgi Dimitrov déclara : « La ligne de division historique entre les forces du fascisme, de la guerre et du capitalisme, d’une part, et les forces de la paix, de la démocratie et du socialisme, d’autre part, devient en fait l’attitude envers l’Union soviétique et non l’attitude formelle envers le pouvoir soviétique et le socialisme, mais l’attitude envers l’Union soviétique qui poursuit son existence réelle depuis vingt ans. »

À en juger par cette pierre de touche, la social-démocratie allemande continua à être la fidèle servante de l’impérialisme en même temps qu’une ennemie mortelle du communisme et de l’Union soviétique. Même pendant la guerre, après que les nazis eurent envahi l’Union soviétique et que celle-ci fut supposée être une alliée des démocraties impérialistes occidentales, le parti social-démocrate allemand ne renonça pas à son anticommunisme. Son comité exécutif déclara en juillet

1941 : « De l’océan Arctique à la mer Noire, les armées les plus fortes du monde ont été engagées dans la bataille. Si l’une des deux devait obtenir une victoire rapide, elle serait dès lors irrésistible sur les continents de l’Europe et de l’Asie. Ce n’est qu’en s’épuisant mutuellement que les nations du continent pourront être délivrées de l’oppression et que le pouvoir de la démocratie anglo-américaine pourra devenir le facteur dominant dans le modelage d’un monde nouveau. »

Le rôle de la social-démocratie dans le désarmement de la classe ouvrière, dans la ruine de la révolution ouvrière, dont les conditions objectives étaient mûres après la Première Guerre mondiale, dans le soutien de la réaction au nom de la « démocratie » et dans l’orientation du plus fort de l’offensive contre le prolétariat ne se limite pas à la seule Allemagne. Il en est de même de son refus de constituer un front uni avec les communistes, ouvrant ainsi les portes au fascisme. C’est arrivé en Italie et en France, pour ne citer que deux exemples. En France, 110 des 188 députés socialistes votèrent les pouvoirs spéciaux à Pétain en vue d’installer le régime fasciste de Vichy. Pour reprendre les mots de Palme Dutt : « (…) le fascisme fut la conséquence du retard de la révolution socialiste en Europe occidentale et centrale après la Première Guerre mondiale, quand les conditions objectives appelaient la révolution socialiste comme étant la seule solution décisive (…), mais alors, le mouvement ouvrier n’était ni assez fort ni prêt, il allait être désorganisé et paralysé par le réformisme et, par conséquent, il allait laisser l’initiative passer dans le camp du capitalisme. Le fascisme peut être décrit comme l’avortement consécutif à une fausse couche de la révolution prolétarienne. »30

À la lumière de ce qui précède, on peut affirmer en toute confi ance que la caractérisation de la social-démocratie en tant que « social-fascisme » est correcte. En outre, en dépit de cette caractérisation, l’Internationale communiste et le Parti communiste d’Allemagne ne furent jamais empêchés de poursuivre la ligne de front uni pour arrêter la montée du fascisme vers le pouvoir.

Malgré la longue ligne de trahison de la social-démocratie contre le mouvement ouvrier, après que les hitlériens eurent accédé au pouvoir et récompensé les social-démocrates pour leur collaboration en les jetant dans les prisons fascistes, le 7e Congrès de l’Internationale communiste, qui se tint au cours de l’été 1935, décida d’atténuer quelque peu sa critique de la direction social-démocrate et chercha l’unité dans l’intérêt du combat de la classe ouvrière contre le fascisme. Mais cela ne servit à rien. Il est étrange, en effet, que les détracteurs de l’Internationale communiste, qui, plus tôt déjà, l’avaient accusée de sectarisme suite aux décisions du 6e Congrès, aient après cela fait volte-face en accusant le Komintern de déviation droitière pour avoir cherché l’unité de la classe ouvrière dans la lutte contre le fascisme et la guerre – une unité qu’il avait cherchée tout au long de son existence.

En cherchant l’unité, l’Internationale communiste n’avait pas oublié ses principes. Dans son rapport au 7e Congrès du Komintern, en août

1935, Dimitrov déclarait : « L’Internationale communiste ne met pas de conditions à l’unité d’action, sauf une, et c’est une condition élémentaire acceptable pour tous les travailleurs, à savoir que l’unité d’action soit dirigée contre le fascisme, contre l’offensive du capital, contre la menace de guerre, contre l’ennemi de classe. Voilà notre condition. »

Et c’est là le hic. La social-démocratie n’a jamais été préparée à lutter contre le capital et contre l’ennemi de classe. Cela dit, en analyse fi nale, elle fut disposée à acquiescer à la montée du fascisme au pouvoir plutôt que de se ranger aux côtés du prolétariat dans le renversement révolutionnaire du capitalisme.

Le rôle des pays impérialistes « démocratiques »

Quant aux puissances impérialistes démocratiques, elles avaient tout mis en œuvre pour réarmer l’Allemagne, la libérer des contraintes du traité de Versailles et aider les hitlériens à prendre le pouvoir en tant que seul bastion contre le bolchevisme. Par l’accord naval anglo-allemand de 1935, la Grande-Bretagne contribua à réduire à néant les stipulations du traité de Versailles sur le désarmement. En 1936, l’Allemagne fut autorisée à réoccuper la Rhénanie. D’énormes quantités d’argent furent déversées en Allemagne par l’impérialisme américain afin de construire son économie. Tout en refusant sérieusement de discuter avec l’Union soviétique de la question de la sécurité collective contre la guerre préparée par l’Allemagne nazie, la Grande-Bretagne et la France conclurent les accords de Munich avec Hitler, fi n septembre 1938, dans une tentative de diriger l’agression hitlérienne vers l’Est, contre l’Union soviétique. Dans son rapport au 18e Congrès du parti, en mars 1939, Staline commenta correctement les accords de Munich dans les termes suivants : « On pourrait penser que les districts de Tchécoslovaquie ont été cédés à l’Allemagne en guise de rétribution d’une entreprise visant à lancer la guerre contre l’Union soviétique mais, que, maintenant, les Allemands refusent d’honorer leurs contrats en les envoyant au diable. »31

L’entre-deux-guerres

Les années séparant les Première et Seconde Guerres mondiales peuvent se diviser en trois périodes distinctes. D’abord, la poussée révolutionnaire qui suivit la guerre et qui dura jusqu’en 1922. Ensuite, la stabilisation relative du capitalisme, qui dura de 1923 à 1929 et, enfi n, la période des cataclysmes gigantesques qui dura de 1929 à l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale.

Au lieu de considérer la seconde période de stabilisation relative comme une phase temporaire et transitoire, la social-démocratie la décrivit comme une caractéristique définitive du capitalisme de l’aprèsPremière Guerre mondiale, dans une tentative de semer des illusions parmi les masses à propos de la pérennité du capitalisme. D’éminents théoriciens de la social-démocratie décrivirent le capitalisme et la stabilisation capitaliste sous des couleurs chatoyantes. Hilferding, l’un des principaux théoriciens de la social-démocratie allemande, déclara au congrès de son parti, à Kiel, en 1927, que « nous sommes dans une période du capitalisme qui, dans l’ensemble, a dépassé l’époque de la libre concurrence et la domination des lois aveugles du marché, et nous en arrivons à une organisation capitaliste de l’économie (…) à une économie organisée », et qu’ « en réalité, le capitalisme organisé signifie en principe la suppression du principe de la libre concurrence par le principe socialiste de la production planifiée ».

Comme on peut le voir, en égalant « capitalisme organisé » et « production socialiste planifiée », Hilferding avait déclaré le marxisme redondant. De même, Tarnov, le principal théoricien du syndicalisme allemand, déclara lors du congrès de Breslau32 de la Fédération des syndicats allemands : « En tant qu’idéologie principale du mouvement ouvrier, le marxisme est révolu. » Il poursuivait en disant que « Marx et Engels étaient typiques de la première époque » du capitalisme, mais que, pour le capitalisme moderne, « c’est Ford, qui est typique ».

Naphthali, un autre théoricien du syndicalisme allemand, déclarait :

«Le développement cyclique, sous lequel il y eut une succession régulière de prospérité et de crise et sur lequel Marx et Engels écrivirent, ne s’applique qu’à la période du capitalisme des débuts.»

Encore un autre représentant du syndicalisme allemand affirma :

« On ne doit pas perdre de vue le fait que la classe ouvrière fait partie du système capitaliste, que l’écroulement de ce système signifi erait son propre écroulement et que, par conséquent, le grand devoir historique de la classe ouvrière est d’obtenir, par le biais de la réglementation de sa place dans ce système, l’amélioration de toute la structure sociale, ce qui, une fois de plus, équivaut à l’amélioration de sa situation propre. »

L’apostasie sidérante qui constitue l’essence de la déclaration ci-dessus, est à peine surprenante au vu de la désertion de la social-démocratie vers le camp de la bourgeoisie impérialiste.

Les sentiments ci-dessus, la foi touchante en la pérennité du capitalisme, ne furent en aucun cas l’exclusivité de la social-démocratie allemande. Ces illusions, ces expressions de reniement, étaient communes à tous les partis de la Deuxième Internationale durant la période de stabilisation qui précéda le krach. Vandervelde, le dirigeant de la social-démocratie belge, accueillant favorablement le Manifeste des banquiers de 1926, exprimait l’opinion que les conceptions du capital financier et de la social-démocratie convergeaient : « Le langage de l’Internationale des financiers n’est pas très différent de celui de l’internationale socialiste. »33

En Grande-Bretagne, le Parti travailliste et la direction des syndicats firent de leur mieux pour mettre en exergue la supériorité de Ford sur Marx.

En contraste tranchant avec ces illusions des partis de la Deuxième Internationale, le Komintern, qui avait déjà analysé et mis en évidence le caractère transitoire et précaire de la période de stabilisation relative, fut à même, lors de son 6e Congrès, en 1928, de prédire la fin de la période de stabilisation et l’avènement d’une nouvelle période, la troisième, à savoir celle des cataclysmes gigantesques. Voici ce que déclara le Komintern : « Cette troisième période, dans laquelle la contradiction entre le développement des forces productives et la contraction des marchés devient particulièrement accentuée, va inévitablement donner naissance à une nouvelle série de guerres impérialistes (…) lesquelles conduiront inévitablement – par la poursuite du développement des contradictions de la stabilisation capitaliste – à une stabilisation capitaliste qui deviendra de plus en plus précaire et à une intensifi cation sévère de la crise générale du capitalisme. (…) En analyse finale, le développement des contradictions de la stabilisation capitaliste conduit inévitablement à l’actuelle période de “stabilisation”, laquelle va se développer en une période de cataclysmes gigantesques. »

Avec le krach de Wall Street, en 1929, qui s’était mué en 1931 en la crise économique mondiale la plus dévastatrice que l’humanité ait connue jusqu’alors, avec 50 millions de chômeurs dans le monde capitaliste, et le déclenchement de l’offensive de guerre de l’impérialisme japonais, la prédiction du Komintern s’avéra si correcte que la Commission d’enquête du sénat américain se demanda sérieusement si la crise économique mondiale n’était pas, par hasard, un complot communiste.

L’analyse du Komintern, une fois de plus, avait prouvé la supériorité de la science du marxisme-léninisme sur la pseudo-science du capitalisme et de la social-démocratie.

L’expansion dramatique du fascisme

L’expansion dramatique du fascisme allemand, à partir de 1930-1932, s’explique par le fait que la crise économique mondiale sapa non seulement la base entière de la stabilisation et de la république de Weimar, mais qu’elle sapa également la position de la social-démocratie qui était si étroitement associée avec elle. La crise économique et le régime de famine de Brüning révélèrent en fin de compte l’extrême banqueroute de toutes les promesses et contes de fées de la social-démocratie à propos du progrès démocratique dans la paix et de la prospérité en hausse pour tous sous les conditions du capitalisme.

Avec le progrès de la propagation de la désillusion sur la social-démocratie, les travailleurs conscients de leur classe passèrent au communisme et les éléments politiquement arriérés dans le camp du fascisme. Entre 1930 et 1932, alors que la social-démocratie perdait 1.338 000 votes, le Parti communiste en gagnait 1.384 000. Avec l’érosion de la social-démocratie, de cette social-démocratie affaiblie et discréditée, qui n’était plus capable d’arrêter l’avance croissante du communisme, et avec la polarisation conséquente de la société en deux camps hostiles clairement définis, le capitalisme allemand avait besoin de nouvelles méthodes et de nouveaux outils. Confrontée à une crise économique sans précédent, la bourgeoisie avait un besoin désespéré et urgent de balayer les acquis sociaux de la révolution de 1918 sur le plan des salaires, des heures de travail et de la législation sociale, acquis qui avaient constitué la base principale de l’infl uence de la social-démocratie au sein du prolétariat. Au lieu des concessions des quelques premières années de la révolution, le capitalisme, désormais, allait coincer les travailleurs dans le carcan de la souffrance économique. Pour réaliser cet objectif, au vu de l’existence d’un puissant parti communiste, à l’influence forte et sans cesse croissante parmi la classe ouvrière, et au vu du déclin de l’influence de la social-démocratie, le capitalisme allemand avait besoin désormais de formes nouvelles et non dissimulées de dictature. Sans cérémonie, la social-démocratie fut évincée du gouvernement fédéral et remplacée au cours de l’été 1930 par la dictature de Brüning, qui gouverna sans Parlement, par des décrets et mesures d’exception, mais avec le soutien des social-démocrates. Ce fut à partir de cette période que la majorité écrasante des capitalistes et propriétaires fonciers allemands transféra complètement son allégeance vers le national-socialisme – qu’elle ne soutenait qu’en partie jusqu’alors –, en tant qu’instrument de sa dictature terroriste. Si la social-démocratie s’était préparée à s’allier avec le communisme en vue d’une résistance commune à l’offensive de la faim de la dictature de Brüning, il est parfaitement raisonnable de supposer que l’offensive capitaliste n’aurait pu réussir. Mais, au nom de la politique du « moindre mal », la socialdémocratie soutint les décrets de famine de la dictature de Brüning et ses attaques contre les travailleurs. En agissant de la sorte, elle renforçait le capitalisme, affaiblissait le front des travailleurs, désorganisait les rangs prolétariens et faisait directement le jeu du fascisme. Cette désorganisation des forces prolétariennes durant la période critique de 1930-1932 signifia que l’initiative et le mécontentement engendré par la faim et les besoins élémentaires insastisfaits, qui auraient normalement dû renforcer le camp prolétarien, renforcèrent en lieu et place le fascisme.

Le refus obstiné de la social-démocratie de coopérer avec les communistes prépara la voie à la victoire du fascisme, car ce refus rendit impossible la création d’un front uni de la classe ouvrière qui, seul, offrait une chance de battre les hitlériens. L’attitude de la social-démocratie découlait directement de sa ligne de collaboration de classe avec la bourgeoisie et de confiance en l’État bourgeois – une ligne qu’elle poursuivit même dans les conditions de la dictature sous Hindenburg, Brüning et Von Papen, déclarant qu’ils étaient un « moindre mal » que la victoire directe du fascisme. Bien du contraire, ces formes de dictature préparaient tout simplement le terrain à la victoire complète du fascisme et la destruction, pas à pas, de la résistance de la classe ouvrière. Leur travail achevé, elles remirent le pouvoir d’État aux mains des hitlériens. Hindenburg fut installé président avec le soutien de la social-démocratie. Moins d’un an plus tard, il avait désigné Hitler comme chancelier et, même après la victoire des hitlériens, la social-démocratie refusa de s’opposer au régime nazi pour la raison suivante : étant venu au pouvoir par la voie « légale », il était un « moindre mal » qu’une terreur nazie « illégale ».

Par conséquent, on peut voir que le travail de sape de la volonté de la classe ouvrière allemande à résister fut réalisé, non par le fascisme, mais par la social-démocratie, dont la direction traita la perspective d’un gouvernement nazi sous un jour favorable.

La course tête baissée vers la guerre

Avec le krach de 1929 et la dépression qui s’ensuivit, il fut plus évident que jamais que les pays impérialistes se dirigeaient tout droit vers une confrontation brutale. La relative stabilité du capitalisme avait fait place à une époque de gigantesques cataclysmes. La Première Guerre mondiale n’avait résolu aucune des contradictions entre les divers pays impérialistes. Outre son échec à mettre la main sur des colonies et des marchés, l’Allemagne était encombrée du lourd fardeau de ses réparations de guerre et elle cherchait avidement une occasion d’assouvir sa vengeance sur ses puissances impérialistes rivales. Dans le même temps, tous les pays impérialistes étaient unis dans leur haine de l’Union soviétique socialiste. Après l’avènement du fascisme en Allemagne, le monde entier assista au développement d’une situation extrêmement compliquée. Alors que l’Union soviétique tentait de s’assurer que les puissances impérialistes ne s’unissaient pas pour mener une guerre contre elle, les pays impérialistes prétendument démocratiques faisaient de leur mieux pour diriger l’agression allemande contre l’Union soviétique. Dans la poursuite de cette politique, la Grande-Bretagne et la France – et, dans une certaine mesure, les États-Unis également – refusèrent d’accueillir sérieusement les efforts soviétiques en faveur de la sécurité collective contre l’agression imminente des nazis. Les accords de Munich de 1938 révélèrent de façon tangible à l’Union soviétique que les démocraties impérialistes allaient faire n’importe quoi pour pousser l’Allemagne nazie à l’attaquer. L’Union soviétique retourna la situation en concluant le pacte germano-soviétique de non-agression, qui laissa aux Allemands la liberté d’attaquer la Pologne, un pays de la sphère d’influence des Britanniques et les Français, forçant ainsi la Grande-Bretagne et la France à déclarer la guerre à l’Allemagne.

L’Union soviétique conclut le pacte de non-agression avec l’Allemagne afin de se réserver des délais suffisants pour lui permettre de renforcer ses défenses. Quant aux nazis, ils conclurent le pacte car ils savaient que l’Union soviétique serait un morceau difficile à avaler. Par conséquent, ils voulaient soumettre d’autres pays et ajouter aux ressources de l’Allemagne celles de toutes les victimes de leur agression quand, avec le temps, ils partiraient en guerre contre l’Union soviétique. Commençant par l’Autriche, la Tchécoslovaquie et la Pologne, les nazis poursuivirent leur chemin pour conquérir quasiment la totalité de l’Europe occidentale. Avec la défaite de la France en cinq semaines, au cours du printemps 1940, et l’expulsion du Corps expéditionnaire britannique à Dunkerque, l’Allemagne hitlérienne était devenue la maîtresse de l’Europe et était prête à attaquer l’URSS. Cette attaque se produisit le 22 juin 1941. Enhardis par leurs victoires en Europe occidentale, les hitlériens crurent que la résistance soviétique aux hordes fascistes allait s’écrouler en six semaines. Ils allaient être cruellement déçus.

Déjà, en 1934, avec les hitlériens au pouvoir en Allemagne et les cercles réactionnaires impérialistes de l’Occident spéculant publiquement sur une guerre menée par l’Allemagne et le Japon contre l’Union soviétique,  Staline,  prenant  la  parole  au  17e  Congrès  du  PCUS(b), avertit la bourgeoisie, dans les termes sans équivoque que voici, des conséquences d’une telle guerre : « La bourgeoisie ne doit pas douter que les nombreux amis de la classe ouvrière de l’URSS, en Europe et en Asie, fassent de leur mieux pour asséner un coup dans les arrières de leurs oppresseurs qui lancent une guerre criminelle contre la patrie de la classe ouvrière de tous les pays. Et ne laissez pas ces messieurs de la bourgeoisie nous blâmer si certains des gouvernements qui leur sont si proches et si chers et qui gouvernent aujourd’hui avec bonheur “par la grâce de Dieu”, ne seront plus là au lendemain d’une telle guerre (…) On peut difficilement douter qu’une seconde guerre contre l’URSS conduise à la défaite complète des agresseurs, à la révolution dans nombre de pays d’Europe et d’Asie et à la destruction des gouvernements de bourgeois et de propriétaires de ces pays. »34

Cette brillante prophétie fut pleinement réalisée par l’apparition de démocraties populaires en Europe de l’Est et en Europe centrale et par les succès des révolutions chinoise, coréenne et vietnamienne en Extrême-Orient – qui allaient conduire à l’apparition d’un puissant bloc socialiste de pays occupant un tiers du territoire du monde et regroupant un quart de sa population.

La victoire de l’Union soviétique dans la Grande Guerre patriotique contre les nazis ne fut pas fortuite. Elle fut préparée sur une très longue période. Dans son discours à la Première Conférence générale des dirigeants de l’industrie soviétique, en février 1931, Staline avança les raisons suivantes pour expliquer pourquoi on ne pouvait ralentir le rythme de l’industrialisation de l’Union soviétique : « Réduire le rythme, c’est régresser. Et ceux qui restent à la traîne sont toujours battus.

(…) L’histoire de la vieille Russie est une histoire de défaites dues à son retard. Elle a été battue par les khans mongols. Elle a été battue par les beys turcs. Elle a été battue par les hobereaux polonais et lituaniens. Elle a été battue par les capitalistes anglo-français. Elle a été battue par les barons japonais. Tous l’ont battue en raison de son retard ; de son retard militaire ; de son retard culturel ; de son retard industriel ; de son retard agricole. Elle a été battue parce qu’on pouvait tirer du profi t de sa défaite et qu’on pouvait le faire en toute impunité (…).

« Telle est la loi du capitalisme – battre les arriérés et les faibles. La loi de la jungle du capitalisme. Vous êtes arriéré, vous êtes faible, donc vous avez tort ; et, de ce fait, vous pouvez être battu et asservi. Vous êtes puissant, donc vous avez raison ; et nous devons nous méfier de vous (…).

« Nous sommes de cinquante à cent ans en retard sur les pays avancés. Nous devons couvrir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou ils nous écraseront. »35

Sous la bannière glorieuse du marxisme-léninisme et sous la direction du parti bolchevique dirigé par le légendaire J. V. Staline, l’Union soviétique continua, en dix ans, à combler le fossé qui la séparait des pays capitalistes avancés – une tentative héroïque qui aida le peuple soviétique à accomplir le fait remarquable de vaincre l’Allemagne nazie quasiment de ses seules mains.

Loin de s’écrouler comme l’espéraient les nazis et les impérialistes démocratiques, l’Union soviétique, surmontant les revers initiaux consécutifs à l’attaque nazie, renversa les rôles et, au cours des quatre années de la guerre, chassa les nazis de l’ensemble du territoire soviétique et les repoussa jusqu’à Berlin. Le Führer se suicida au moment où l’armée soviétique plantait le drapeau rouge sur le toit du Reichstag. Les batailles de Moscou, Stalingrad, Koursk et Leningrad resteront à jamais un mémorial éloquent de l’héroïsme, tant des soldats que des civils soviétiques. En venant à bout presque seuls des nazis, l’Armée rouge et le peuple soviétique libérèrent l’humanité du fléau du nazisme. L’ampleur de l’effort soviétique peut être évaluée au fait qu’en novembre 1942, sur 256 divisions allemandes, 179 combattaient sur le front soviétique, le reste étant principalement en service de garnison en Europe occupée, alors que les forces britanniques en Afrique du Nord avaient simplement en face d’elles 4 divisions allemandes et 11 italiennes. En dépit des promesses répétées, la Grande-Bretagne et les États-Unis n’ouvrirent pas de second front contre l’Allemagne avant juin 1944, au moment où il était devenu évident que l’Union soviétique était bien en voie de vaincre toute seule l’Allemagne. Les débarquements du Jour J étaient davantage un effort d’empêcher l’Armée rouge de libérer l’Europe de l’Ouest qu’une contribution à la défaite du nazisme. Si l’on écoute les mythes impérialistes, on a l’impression que c’est l’impérialisme anglo-américain qui a vaincu l’Allemagne nazie. La vérité, toutefois, c’est que l’Armée rouge et le peuple soviétique ont eu la contribution la plus décisive dans la défaite du nazisme. Le coût de cette victoire fut terrible, pour l’Union soviétique. 27 millions de citoyens soviétiques, y compris 7,5 millions de soldats, perdirent la vie. En comparaison, les États-Unis n’ont perdu que 300 000 hommes et les pertes de l’Empire britannique se sont élevées à 353 652 hommes, avec pas plus de 224 723 pour la Grande-Bretagne. À ce chiffre, il convient d’ajouter 60000 morts parmi la population civile.

En outre, un tiers du territoire soviétique et des ressources économiques avait été dévasté ; 1 710 villes et 70 000 villages complètement détruits ; 6 millions de maisons et de bâtiments démolis ; 31 800 sites industriels rasés et 98 000 fermes collectives ou fermes d’État détruites, en même temps que leurs bêtes, soit un total de 64 millions d’animaux qui avaient été tués ou pris par les Allemands.

Voilà le prix que l’Union soviétique socialiste et le peuple soviétique durent payer pour la trahison du socialisme par la social-démocratie, et tout particulièrement la social-démocratie allemande, qui écrasa la révolution allemande de 1918, restaura le pouvoir de la bourgeoisie, facilita la montée du nazisme, créant ainsi un monstre qui, en fi n de compte, devait être affronté et battu par l’Union soviétique.

À peine l’Union soviétique avait-elle fini de combattre les nazis qu’elle était confrontée à une nouvelle guerre – la guerre froide – lancée par l’impérialisme américain, avec le plein soutien de la social-démocratie qui rallia gaiement le combat de l’impérialisme contre l’URSS et les autres pays du camp socialiste.

Les leçons que nous pouvons tirer

L’histoire des trois Internationales, brièvement passée en revue cidessus, démontre clairement que notre mouvement a avancé à pas de géant tant qu’il est resté fidèle aux principes du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien. Elle démontre de la même façon que le mouvement prolétarien a subi des pertes colossales lorsqu’il s’est écarté de ces principes. Dans son rapport au 17e Congrès du parti, en janvier 1934, Staline, après avoir posé la question : « À quoi notre parti doit-il sa supériorité ? », poursuivait en y répondant : « Au fait que c’est un parti marxiste, un parti léniniste. Il le doit au fait qu’il est guidé dans son travail par l’enseignement de Marx, Engels, Lénine. Il n’y a pas de doute qu’aussi longtemps que nous resterons fidèles à cet enseignement, aussi longtemps que nous disposerons de cette boussole, nous récolterons des succès dans notre travail. »

« Oui, camarades, nos succès sont dus au fait que nous avons travaillé et combattu sous la bannière de Marx, Engels, Lénine. D’où (…) la conclusion : nous devons rester fidèles à la bannière de Marx, Engels, Lénine. »36

Les succès de la Première et de la Troisième Internationales et l’effondrement de la Deuxième ne s’expliquent que par le fait que, tandis que la Première et la Troisième Internationales avaient parfaitement adhéré à la bannière du marxisme, la Deuxième s’en était écartée, s’était vendue à la collaboration de classe et s’était complètement discréditée. En tirant les leçons de cela, nous devons nous efforcer d’être fidèles à la bannière du marxisme, à la bannière du léninisme et aux enseignements de Marx, Engels, Lénine et Staline.

Le Komintern fut dissous en juin 1943, puisqu’il avait rempli sa mission historique et réalisé son objectif au vu de la maturité acquise par les partis communistes dans divers pays; la complexité croissante de la situation internationale et de la lutte dans les pays considérés séparément. Sans aucun doute, les considérations concernant le maintien du front antifasciste à l’échelle mondiale pesèrent-elles lourd dans la décision de dissoudre le Komintern. Il n’y a rien de déshonorant là-dedans, car la préservation de l’Union soviétique, à l’époque, était de la plus extrême importance, non seulement pour le peuple soviétique, mais aussi du point de vue de toute l’humanité progressiste. Sur ce plan, et plus particulièrement à la lumière de l’effondrement de l’URSS, en 1991, grâce à trois décennies de trahison révisionniste khrouchtchévienne, on ne peut s’empêcher de rappeler les propos suivants tenus par Staline lors du 7e Plénum élargi du Comité exécutif du Komintern, dans sa controverse avec l’opposition contre-révolutionnaire au PCUS(b) de la « gauche » trotskiste : « Qu’arriverait-il si le capitalisme parvenait à écraser la république des Soviets ? Cela instaurerait une ère de réaction extrême dans tous les pays capitalistes et coloniaux. La classe ouvrière et les peuples opprimés seraient saisis à la gorge, les positions du communisme international seraient perdues. »37

Il est clair, maintenant que l’Union soviétique a disparu, que la période la plus noire de la réaction a débuté, que la classe ouvrière et les peuples opprimés ont effectivement été pris à la gorge et que l’impérialisme est en train de recoloniser les nations opprimées. Les peuples de l’ancienne Union soviétique et les peuples des démocraties de l’Europe de l’Est ont été réduits à la disette et à la grande pauvreté. La classe ouvrière des pays impérialistes occidentaux est la proie d’attaques constantes. L’impérialisme anglo-américain mène une guerre prédatrice de dimensions hitlériennes contre les peuples d’Irak et d’Afghanistan. Si, suite à la collaboration entre les pays impérialistes « démocratiques » et les fascistes hitlériens, l’URSS avait dû être écrasée au début des années 1940, cette période de réaction la plus noire aurait débuté il y a 60 ans, avec des conséquences pénibles incalculables pour la population mondiale. On ne peut donc condamner à la légère la direction de l’Union soviétique d’avoir approuvé la dissolution du Komintern.

Toutefois, il convient de se rappeler qu’aussi longtemps que la direction du PCUS(b), le parti le plus prestigieux du mouvement communiste international, continua à être révolutionnaire, comme elle le fut sans nul doute durant l’existence de Staline, les relations entre les divers partis communistes reposèrent sur les principes corrects de l’internationalisme prolétarien et le mouvement communiste s’exprima d’une voix unanime et ce fut en sa qualité de puissant mouvement mondial qu’il s’opposa à l’impérialisme. Seule l’accession du révisionnisme khrouchtchévien à la tête du PCUS(b) et de l’État soviétique entraîna des déviations par rapport aux principes de la solidarité fraternelle et de l’internationalisme prolétarien, déviations qui, dans leur sillage, ont apporté tant de malheurs et de ruines au prolétariat et aux peuples du monde.

Finalement, la question qui revient le plus à l’esprit de toutes les personnes présentes à ce Séminaire serait celle-ci : est-il possible, actuellement, ou dans un futur très proche, de fonder une nouvelle Internationale communiste selon les lignes de la Troisième Internationale et reposant sur le centralisme démocratique ? L’avis de notre parti, c’est que les conditions ne sont pas réunies pour créer actuellement une telle organisation. De même, notre parti estime qu’il existe des perspectives considérables pour que les révolutionnaires se rencontrent régulièrement afin d’échanger des expériences et de coopérer étroitement autour de toutes les questions importantes allant des problèmes de la guerre et de la paix à la lutte pour le renversement révolutionnaire de l’impérialisme. Ceci, nous serons à même de le faire pourvu que nous pratiquions la solidarité fraternelle, pourvu que nous « consolidions avec fermeté ce principe créateur de vie parmi tous les travailleurs de tous les pays ».38

2 mai 2005

Harpal Brar est le président du Parti communiste (marxiste-léniniste) de Grande-Bretagne.

Notes

1.      V.I. Lénine, « Les destinées historiques de la doctrine de Karl Marx », Œuvres, t. 18, pp. 606, 609.
2.      K. Marx et F. Engels, « Manifeste du Parti communiste », Etudes Marxistes no 41, février-mars 1998, p. 109.
3.      K. Marx, Discours à l’Association démocratique de Bruxelles, 1848.
4.      R. Palme Dutt, Fascisme et révolution, Éditions sociales internationales, Paris, 1936.
5.      K. Marx, Lettre à Kugelmann, 17 avril 1871.
6.      Ibidem.
7.      F. Engels, Lettre à Sorge, 12-17 septembre 1874.
8.      V. I. Lénine, « La Troisième Internationale et sa place dans l’histoire », Œuvres, t. 29, p. 309.
9.     V. I. Lénine, « Les tâches du prolétariat dans notre révolution », avril 1917, Œuvres, t. 24, p. 79.
10.    Ibidem, p. 79.
11.    K. Marx, Lettre à Sorge, 19 octobre 1877.
12.   F. Engels, Critique du projet de programme social-démocrate de 1891.
13.    R. Palme Dutt, L’Internationale, pp. 108-109 (version anglaise).
14.    R. Palme Dutt, op. cit., pp. 136-137 (version anglaise).
15.    Ibidem, p. 138 (version anglaise).
16.   V. I. Lénine, « Sur la Conférence de Stockholm, septembre 1917 », Œuvres, t. 25, pp. 292-293.
17.    J. V. Staline, Des principes du léninisme, 1924.
18.    V. I. Lénine, « La Troisième Internationale et sa place dans l’histoire », Œuvres, t. 29, p. 310.
19.    V. I. Lénine, « La situation et les tâches de l’Internationale socialiste », 1er novembre 1914, Œuvres, t. 21, p. 35.
20.   V. I. Lénine, « Lettre aux ouvriers américains », Œuvres, t. 28, pp. 62-63.
21.   V. I. Lénine, « La maladie infantile du communisme (le « gauchisme) », Œuvres, t. 31, pp. 46-47.
22.    R. Palme Dutt, op. cit.
23.    Ibidem.
24.    Ibidem, p. 212 (version anglaise).
25.    Ibidem.
26.    R. Palme Dutt, L’Internationale, p. 210 (version anglaise).
27.    Ibidem, p. 211 (version anglaise).
28.    J. V. Staline, Collected Works, vol. 6, pp. 307-308.
29     R. Palme Dutt.
30.    R. Palme Dutt, Fascisme et révolution, pp. 205-206 (version anglaise).
31.    J.V. Staline, Rapport au 18e Congrès du PCUS, mars 1939.
32.    auj. WrocÅ‚aw, NdT.
33.    Émile Vandervelde, Discours du 29 octobre 1926.
34.    J. V. Staline, Discours prononcé lors du 17e Congrès du PCUS(b), 1934.
35.    J. V. Staline, Discours prononcé lors de la Première Conférence générale des dirigeants de l’industrie soviétique, février 1931.
36.    J. V. Staline, Collected Works, vol. 13, pp. 385-387.
37.    J. V. Staline, Propos tenus lors du 7e Plénum élargi du CEIC.
38.    K. Marx, Discours tenu lors d’une rencontre à Amsterdam, le 8 septembre 1872.


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